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Affrontements meurtriers: toujours pas d’enquête mais des inculpations

A Phnom Penh, trois jours après l’assaut dramatique des forces de police contre des manifestants et des habitants sur la rocade de  Kbal Thnal, aucune enquête n’a encore été diligentée. Mais six personnes arrêtées ce soir-là ont été inculpées dès lundi soir.

Une personne a été tuée d’une balle dans la tête et huit autres ont été blessées par des tirs à balles réelles, quatre d’entre elles ont été gravement atteintes.
D’autres personnes ont été blessées par des policiers qui s’acharnaient sur elles alors qu’elles gisaient à terre, comme en attestent plusieurs vidéos. D’autres encore, dont on est toujours sans nouvelles, ont été entrainées  par les policiers dans les rues adjacentes.

Le bilan définitif de cette nuit d’horreur n’est toujours pas établi. Selon les propres observations de l’ONG Human Right Watch, 24 personnes au moins auraient été blessées, un décompte qui reste à confirmer.

Kheng Tito, le porte-parole de la police militaire, a confirmé qu’aucune enquête n’était en cours et a refusé de préciser, au cas elle serait ordonnée, si celle- ci serait conduite par des organismes indépendants ou par le pouvoir en place.

A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, des voix s’élèvent pour réclamer aujourd’hui une enquête impartiale, la plupart émanent des associations de défense des droits de l’homme.

Un communiqué commun de 26 associations cambodgiennes publié le lendemain du drame réclamait la mise en place « rapide d’une enquête indépendante », dénonçait la réponse « disproportionnée » et « sans discernement » des forces de l’ordre qui ont fait « usage d’armes à feu contre une foule désarmée » et incriminait le lourd dispositif mis en place à travers la ville qui entravait la libre circulation de la population.

« Les forces de sécurité doivent éviter de recourir à une force excessive, quelle qu’elle soit. Elle est contraire aux normes internationales. L’usage intentionnel d’armes à feu à des fins létales ne peut se justifier que lorsqu’il est absolument impossible de faire autrement pour protéger des vies »  déclare Isabelle Arradon, directrice adjointe du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.
Étonnamment, l’association ne réclame pas une enquête indépendante mais s’adresse, dans un communiqué,  aux « autorités cambodgiennes » auxquelles elle demande la mise en place d’une « enquête impartiale ».

«  Une enquête indépendante doit être menée très rapidement, souligne Brad Adams, responsable pour l’Asie de l’ONG américaine Human Right Watch, pour identifier et poursuivre tous les responsables des violations commises par les forces de l’ordre. » Cette affaire ne doit pas être « un cas de plus dans la longue histoire de l’impunité  du Cambodge », ajoute-t-il.

L’association appelle le  gouvernement cambodgien à respecter les principes de base des Nations-Unies sur l’usage de la force et des armes à feu.

L’opposition, elle, avait pris ses distances avec le «petit groupe d’opportunistes » qui s’était affronté aux forces de l’ordre sur le quai Sisowath dans l’après-midi de dimanche. Muselée par le communiqué qu’elle a publié aussi après, elle semble aujourd’hui peu à l’aise et s’abstient de revendiquer haut et fort une enquête indépendante tout en dénonçant les brutalités policières.

«  Nous soutiendrons toute enquête indépendante et transparente », déclare cependant Mu Sochea, député du Parti national pour la sauvegarde du Cambodge. L’incident de lundi démontre une fois de plus l’incompétence de la police. Environ un millier de militaires ont pris en chasse des civils et des enfants. Cela aurait pu être encore beaucoup plus grave. Le gouvernement peut mener une enquête mais celle – ci elle ne sera jamais indépendante ».

Dans un courriel, Jean François  Cautain, ambassadeur au Cambodge représentant la Communauté européenne « demande aux autorités de  gérer les manifestations avec des moyens adaptés et aux manifestants de protester en conformité avec la loi et de manière pacifique ».

De leurs côtés, les États-Unis demandent aux autorités de mettre en place une enquête «  complète et transparente ».

Six personnes inculpées

 

Six hommes, des étudiants et des employés du bâtiment, arrêtés dimanche soir lors des affrontements sur la rocade, ont été inculpés dès lundi soir pour violences intentionnelles et destruction de biens publics.
Ek Channoeun, Tang Chunse, Long Samoeun, Song Nisayand, Van Nin et Nguyen Thydoc encourent de deux à cinq ans de prison et des amendes pouvant atteindre 2500 dollars.

Les avocats de la Licadho et du Centre d’éducation légale pour la communauté chargés de les défendre s’apprêtent à demander leur libération conditionnelle, estimant qu’ils tentaient seulement de rentrer à leur domicile, la route ayant été barrée par la police. Ils ont simplement tenté d’échapper aux policiers qui donnaient l’assaut lorsqu’ils ont été arrêtés, expliqueront-ils à la Cour.

 

Krystel Maurice