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Le Cambodge réclame l’arrêt de la construction d’une réplique d’Angkor Wat en Inde

Maquette du projet de construction de la réplique d'Angkor Wat en Inde présentée sur le site internet de la fondation.

Les autorités cambodgiennes ne décolèrent pas. Hier matin, Hor Namhong, le ministre cambodgien des affaires étrangères a demandé à l’Inde d’intervenir pour faire arrêter la construction d’une réplique d’Angkor Wat dans l’état du Bihar, a indiqué Chum Sounry, porte-parole du ministère des affaires étrangères. Cette demande aurait été formulée lors de la rencontre entre le ministre cambodgien et Dinesh Patnaik, l’ambassadeur d’Inde au Cambodge qui quittait ses fonctions.

Jusqu’ici Phnom Penh réclamait la révision du projet et non son annulation pure et simple.

Pour autant l’ambassadeur d’Inde, interrogé un peu plus tard dans la journée par le quotidien Cambodia Daily, semble quelque peu mal à l’aise face à cette déclaration dont les médias indiens se sont emparés. « Je pense que c’est un problème de langue », dit-il en ajoutant qu’un état démocratique ne peut s’interposer pour empêcher une société d’exercer son droit de bâtir un temple.

En mars 2012, une fondation religieuse indienne, le Mahavir Mandir Trust avait annoncé vouloir édifier une «réplique d’Angkor Wat, plus grande que l’original» et « qui sera la fierté des hindous dans le monde ».

L’affaire avait été prise très au sérieux par le Cambodge pour lequel ce temple, représenté sur le drapeau cambodgien, incarne à lui seul la mémoire et la fierté d’un passé millénaire glorieux. Sanctuaire hindou dédié à Vishnou avant de devenir bouddhiste, Angkor Wat est aussi un lieu sacré où les Cambodgiens, du plus jeune au plus âgé, viennent se recueillir tout au long de leur vie.

Six mois plus tard, sous la pression du gouvernement indien, cette fondation, avait tempéré quelque peu ses propos expliquant qu’elle avait modifié ses plans de construction. « Ce ne sera pas la réplique exacte du temple d’Angkor Wat mais nous nous sommes inspirés de ses principales caractéristiques ainsi que d’autres temples en Inde», expliquait Kishore Kunal, à la tête de la fondation. Et d’ajouter: « Par respect pour le peuple cambodgien et pour mettre en lumière l’importance du Râmâyana, nous avons changé le nom. Il ne s’appellera pas Viraat Angkor Wat Ram mais Viraat Ramayan Mandir ».

Selon le site internet de la fondation, le complexe, situé à 120 km de Patna, sera en mesure d’accueillir jusqu’à 20 000 pèlerins. Il s’étendra sur 800 m de long et 430 m de large et comprendra 18 tours au total. Financé grâce aux donations des fidèles, le budget prévisionnel a d’ores et déjà explosé. De 20 millions en 2012, il est aujourd’hui de 70 millions de dollars. « Cette compagnie est très astucieuse, explique Dinesh Patnaik, l’ambassadeur d’Inde au Cambodge. Si elle fait cela, c’est parce cela lui permet de lever facilement des fonds ».

Mais fin mai 2015, après avoir examiné les nouveaux plans du projet, Hun Han, l’ambassadeur du Cambodge en Inde, s’est offusqué de la ressemblance « inacceptable » avec Angkor Wat. Une semaine plus tard, le 6 juin, le Cambodge protestait officiellement dans une note diplomatique: « Le gouvernement royal du Cambodge considère que cette copie du temple d’Angkor Wat à des fins commerciales viole gravement le patrimoine mondial qui est une valeur universelle et exceptionnelle de l’humanité ». « A cet égard, le ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale du Cambodge demande fermement au ministère des affaires  étrangères de l’Inde de reconsidérer sérieusement et de toute urgence le projet de construction d’une réplique d’Angkor Wat afin de maintenir les bonnes relations historiques et traditionnelles entre les deux pays et peuples ».

Angkor Wat en 2008. Photo Krystel Maurice

Angkor Wat en 2008. Photo Krystel Maurice

Au-delà de ces arguments, la visite de ce temple est aussi une manne financière pour le pays. Plus de 2 millions de touristes s’y rendent chaque année dont 28 000 ressortissants indiens. La construction d’une réplique d’Angkor Wat en Inde pourrait donc également représenter un manque à gagner pour le Cambodge, même si pour l’heure les autorités ne semblent pas véritablement s’inquiéter de cette concurrence.

«Nous ne permettrons jamais qu’on manque de respect au Cambodge. Si l’entreprise continue à copier le temple d’Angkor Wat, nous nous opposerons au projet», avait alors déclaré pour sa part l’ambassadeur d’Inde au Cambodge.

De son côté, la fondation indienne soulignait à juste titre qu’il n’existe aucune loi interdisant de reproduire un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Elle évoquait ainsi la réplique du Taj Mahal édifiée au Bangladesh, et contre laquelle, disait-elle, personne n’avait rien trouvé à redire.

Il est vrai que la pâle copie du mausolée qui avait été inaugurée en 2008 à une trentaine de km de Dacca avait eu tôt fait de dissiper la colère du gouvernement indien.

 

Krystel Maurice