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Hun Sen, les bras grands ouverts, en direction de l’opposition

Dans l’article ci -dessous, publié le 1er août, nous nous étions étonnés des propos tenus par le Premier ministre mercredi invitant « tous les partis politiques, la Commission électorale» et la Communauté internationale à enquêter sur les allégations de fraudes du scrutin de dimanche.  Il s’agissait en fait d’une erreur et la presse s’en est excusée ce matin. Hun Sen n’a, en réalité, jamais invité la communauté internationale à y participer. Voilà qui est beaucoup plus clair!

Au moment même où l’opposition revendiquait la victoire, le Premier ministre Hun Sen, dans une déclaration pour le moins surprenante,  se disait favorable à une enquête indépendante concernant  les allégations de fraude lors du scrutin de dimanche.

« Pour des élections libres et justes, j’invite la communauté internationale tous les partis politique et la Commission électorale à mener une enquête sur ce qui s’est passé ».

Cette déclaration, à rebours des positions de son gouvernement jusque là fermement opposé à toute enquête, raisonne étrangement dans la bouche de celui qui, depuis 28 ans,  dirige son pays d’une main de fer. D’autant que quelques heures plus tôt, un communiqué du ministère des affaires étrangères destiné aux missions diplomatiques venait leur rappeler qu’elles devaient s’abstenir de toute ingérence. « Le Cambodge est un pays souverain et démocratique qui se doit de respecter sa constitution et son code électoral ».

Chheang Vuth, le porte-parole de l’Assemblée nationale et membre du parti d’Hun Sen, ainsi que d’autres hauts responsables avaient insisté lundi sur le fait que la création d’un comité chargé d’investiguer sur les fraudes, tel que réclamé par l’opposition, serait « illégal ». «  S’il y a fraude, le CNRP a la possibilité de déposer un recours auprès de la Commission électorale, c’est la seule possibilité qu’offre la loi. »

Certes le Premier ministre sort affaibli de ces élections, et ce quelle qu’ en soit l’issue. Qu’il cherche aujourd’hui à redorer sa propre image et à apparaitre comme l’homme providentiel, seul capable de rassembler et de sortir le pays de l’impasse politique dans lequel il se trouve ne fait guère de doute. «  Je suis prêt à coopérer avec toutes les parties  pour parvenir à une solution acceptable pour tous ». « Si le pays connait des violences, les spectres du passé reviendront ». Est-ce ce  que veulent les gens ? Je pense que personne n’est prêt à plier bagages pour s’enfuir », a-t-il déclaré hier.

La vérité sur les fraudes

Il reste qu’on a du mal à l’imaginer accueillir des représentants étrangers chargés d’éplucher les bulletins de vote, lui qui a refusé la présence des observateurs de l’ONU pour ce scrutin et qui a distribué au compte-goutte des invitations aux délégations étrangères. Ce ne sera d’ailleurs pas le cas puisqu’il s’est empressé de  préciser hier qu’il serait occupé durant les 100 prochains jours jusqu’à la fin de la période de deuil de son père. Ce sont des hauts responsables de son  parti, le vice-Premier ministre Sok An, le ministre de l’intérieur Sar Kheng et Say Chhum, Premier vice-président du Sénat, qui se chargeront des négociations avec l’opposition afin de préparer la nouvelle assemblée, a-t-il ajouté.

Sam Rainsy, le chef de l’opposition a jugé cette « ouverture »  positive », soulignant que l’urgence était à la « recherche de la vérité sur les fraudes, leur nature et leur étendue ». L’heure n’est pas à la négociation politique, nous devons d’abord nous préoccuper du problème des fraudes pour rendre justice à la population, a expliqué en substance Son Chay, un des responsables du CNRP,

Dans un communiqué publié cette nuit, Surya Subedi le rapporteur spécial de l’ONU a lui aussi appelé de ses vœux une enquête sur les allégations de fraudes et a appelé le pays au calme et à la réconciliation.

Krystel Maurice