En continu

L’opposition revendique à son tour la victoire

Sam Rainsy

Deux jours après le scrutin  des élections législatives, le Cambodge retient son souffle. Une seule question est sur toutes les lèvres: que va-t-il se passer maintenant?

Selon des résultats provisoires, le parti au pouvoir du Premier ministre Hun Sen a remporté 68 sièges contre 55 pour l’opposition, incarnée par le Parti du sauvetage national du Cambodge de Sam Rainsy et Kem Sokha.
Aussitôt ces résultats annoncés, l’opposition les a rejetés, évoquant des fraudes massives. Elle a  réclamé la constitution d’un large comité technique incluant l’ONU  chargé d’enquêter sur ces fraudes.  Refus immédiat du camp adverse et de la Commission électorale (National Election Comitee).

Quelle est l’ampleur de ces fraudes ? Pour l’heure, ni la Comfrel (Committee for Free and Fair Elections in Cambodia) ni l’ONG Transparency International n’ont été en mesure d’annoncer des chiffres. Mais dans de très nombreux bureaux de vote des irregularités ont été constatées.

Compte tenu des scores très serrés des deux camps, l’étendue de ces irrégularités est de nature à renverser la donne et à faire de l’opposition le grand gagnant de ces élections, estimaient lundi plusieurs analystes.

Transparency International évaluait dès lundi à  48,5% le score réalisé par le PCC contre 44, 4 % pour le CNRP et qui  pourrait finalement s’établir à 46,8% contre 46,2%, en tenant compte des marges d’erreur.

 

 L’opposition revendique 63 sièges

Mais aujourd’hui, Sam Rainsy a placé la barre beaucoup plus haut, estimant avoir remporté les élections avec au moins 63 sièges contre 60 pour le parti d’Hun Sen, selon les calculs effectués par ses propres troupes dans les différentes provinces.  Un résultat d’ores et déjà acquis sans même tenir compte des fraudes, a-t-il expliqué au Phnom Penh Post. Mais dans la réalité, le nombre de sièges obtenus devrait se situer bien au-dessus, aux alentours de 80 à 90 sièges, a-t-il précisé en insistant sur la nécessité d’enquêter sur ces fraudes. Hun Sen devrait démissionner car il est désavoué par ces résultats, a-t-il conclu.

Le scrutin s’est globalement déroulé dans le calme, mais la tension était perceptible mercredi à Phnom Penh, où police et armée patrouillaient dans les rues.

Sur le plan international, les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) ont manifesté leurs préoccupations, mais ils ont jugé que la Commission électorale nationale du Cambodge était seule habilitée à enquêter sur les soupçons de fraude.

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a demandé en revanche mercredi l’ouverture d’une enquête indépendante, en affirmant que certains responsables du CPP avaient apparemment fourni de faux bulletins de vote et autorisé certains électeurs à voter dans plus d’un bureau.

«Le système multiple de vote suggère la possibilité d’une fraude électorale systématique de la part du CPP et soulève de graves questions quant à la crédibilité du scrutin», a déclaré Brad Adams, directeur de HRW pour l’Asie.
La Commission électorale devait quant à elle publier les  résultats officiels à la mi-août,

Impasse à long terme ?

De son côté le Premier ministre Hun Sen qui vient de subir un revers de taille est resté silencieux. Les Cambodgiens «ont humilié Hun Sen», souligne l’analyste indépendant Lao Mong Hay. «Il a perdu beaucoup de crédibilité et de légitimité», poursuit-il, estimant que le pouvoir ne pouvait ainsi plus «ignorer» l’opinion publique ou «se permettre d’être aussi arrogant qu’avant».
Peut-être mais sa réputation n’est pas non plus celle d’un homme de concession.

Autre question à laquelle il est bien difficile de répondre. Que se passera-t- il si, d’ici septembre, l’opposition continue de refuser de siéger au parlement et met à exécution sa menace de descendre dans la rue ? «Si chaque parti campe sur ses positions, cela pourrait conduire à un bain de sang», redoute Sok Sam Ouen, avocat de l’ONG Cambodian Defenders Project, plaidant pour des négociations.

Des discussions d’autant plus nécessaires que même si le CNRP accepte le jeu parlementaire, certaines lois nécessiteront deux-tiers des voix pour être adoptées. Pour autant,  le parti au pouvoir ne semble pas, à ce jour, prêt à négocier.

Pendant ce temps, le Cambodge bruisse de rumeurs. Les uns affirment que Hun Sen a quitté le pays, d’autres que d’éminentes personnalités ont retiré leurs avoirs des banques, d’autres encore que le CPP a éclaté.

 

Krystel Maurice