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Législatives 2013: la jeunesse au cœur du scrutin d’aujourd’hui

Un bureau de vote à une quinzaine de kms de Siem Reap. Photo Krystel Maurice

9, 6 millions d’électeurs cambodgiens se rendent aujourd’hui aux urnes pour élire leurs députés. Comme lors du précédent scrutin de 2008, et en dépit de l’augmentation de la population, 123 sièges sont à pourvoir dans 24 provinces.
Huit partis sont en compétition mais il fait peu de doute que le Parti du peuple cambodgien (PPC), dirigé par le Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 28 ans, l’emportera une  fois encore.

Pour autant quelle sera l’ampleur de sa victoire ? Durant ces cinq dernières années il disposait d’une écrasante majorité avec 90 députés sur 123 sièges mais cette domination pourrait bien s’éroder dimanche.

Pour la première fois en effet, l’opposition se présente unie devant les électeurs, sous la bannière du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP). Fondé l’an dernier, ce parti est issu de l’alliance de deux composantes, le Parti de Sam Rainsy et le Parti des droits de l’homme de Kem Sokha. A eux deux, ils n’avaient remporté que 29 sièges aux élections de 2008. La fin proclamée de leurs dissensions- qui n’est peut-être que temporaire- devrait en tout cas leur permettre de conquérir aujourd’hui nombre de sièges.

 

Le vote des jeunes

Plus de 3,5 millions de votants ont entre 18 et 30 ans dont plus de la moitié se rendent aux urnes pour la première fois.
Inquiets pour leur avenir, fatigués de la corruption qui ravage le pays, choqués par l’étalage de richesse de la classe dirigeante, des centaines de milliers d’entre eux ont défilé aux cotés de l’opposition durant la campagne. Le retour d’exil de Sam Rainsy la semaine dernière a dynamisé la fin de campagne et cette mobilisation sans précédent a pris à revers tous les observateurs.
Alors qu’on la pensait politiquement peu motivée, cette jeunesse a pointé du doigt les expropriations forcées des terres au profit des proches du pouvoir, dénoncé des salaires de misère et s’est mise en grève dans les usines textiles.
Elle a délaissé les médias traditionnels, entièrement sous contrôle de l’état,  au profit des réseaux sociaux. La libération de la parole est une première dans ce pays marqué au fer par une histoire douloureuse. Les jeunes veulent aujourd’hui tourner la page et comme dans beaucoup de pays, la survie de la classe dirigeante dépendra de sa capacité à prendre en compte ces aspirations.

Certain de sa victoire, le Premier ministre Hun Sen, âgé de 61 ans, n’a, quant à lui, quasiment pas mené campagne. Au fil des années, il a mis en place une énorme machine politique aux rouages minés par la corruption. Son parti, le PPC, contrôle toutes les institutions et ses réseaux, présents dans les campagnes les plus reculées, se sont chargés de la campagne.
Mais Hun Sen a sans doute senti le vent tourner et a confié il y a quelques mois  le secteur de la jeunesse à son plus jeune fils, Hun Many, âgé de 30 ans. A  n’en pas douter, sa mission consistera avant tout à assurer le maintien des clans au pouvoir depuis trente ans. Inexpérimenté en politique, le fils cadet d’Hun Sen brigue pour la première fois un siège à l’assemblée. Mais il devrait rapidement occuper un rôle de premier plan dans l’appareil du parti, puisqu’il lui faudra œuvrer pour  tempérer l’impatience de cette jeunesse.

 

Inquiétude sur le déroulement du scrutin

Face à ces nouveaux enjeux, une seule question se pose aujourd’hui. Quelle sera l’ampleur des irrégularités de ce scrutin ? Affirmer que ces élections sont « libres, justes et démocratiques » comme l’a déclaré jeudi Kuoy Kong, le ministre des affaires étrangères est d’ores et déjà contestable.
En début d’année, les audits réalisés montraient que  des centaines de milliers d’électeurs avaient été radiés à tort des listes électorales, tandis qu’a peu près autant de votants fantômes y figuraient.
En outre, plus d’un demi million d’électeurs sont d’ores et déjà  privés de vote, n’ayant toujours pas reçu leur carte d’identité,  des mois après la clôture des inscriptions  sur les listes.  Quelle sera alors la réaction de tous ceux-là, à l’issue du scrutin ?  Se contenteront-ils d’avaliser les résultats sans broncher ? Rien n’est moins certain.

 

Krystel Maurice