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Sam Rainsy, le chef de l’opposition, écarté des élections

Sam Rainsy,dirigeant de l'opposition-cambodgienne ne pourra pas se présenter aux législatives

Tout juste rentré d’exil, Sam Rainsy, le chef de l’opposition cambodgienne s’est vu refuser lundi soir par la Commission électorale de se présenter aux législatives du 28 juillet, face à son pire ennemi politique, le tout-puissant Premier ministre Hun Sen.

Le leader du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), gracié par le roi de trois condamnations pénales, avait été accueilli vendredi par des dizaines de milliers de partisans en liesse. Et toute l’opposition était suspendue à la possibilité, totalement inimaginable il y a quelques semaines, que son chef de file puisse affronter à la dernière minute celui qui est au pouvoir sans interruption depuis 1985.

Mais la Commission électorale nationale a rejeté sa demande estimant qu’il «n’a pas rempli les conditions requises dans le processus d’enregistrement des candidats», a indiqué dans un courrier son président, Im Suosdey, sans préciser les motifs du rejet.

Sam Rainsy avait été radié des listes électorales fin 2012. Dimanche, il avait demandé à la Commission électorale de trouver une solution pour le réinscrire et souhaitait se présenter dans la province de Kandal où Hun Sen est candidat.


Violation de l’esprit de la loi

Au Cambodge, la loi précisant les modalités d’élection des députés stipule que les personnes ayant commis un crime et qui n’ont pas été réhabilitées ne peuvent être candidat. Ayant bénéficié de la grâce royale, les condamnations de Sam Rainsy sont aujourd’hui caduques. Mais la Commission électorale a campé sur ses positions, répétant à plusieurs reprises que les listes électorales étaient closes depuis le 31 décembre.

Les représentants de l’opposition, tout comme les observateurs chargés de surveiller le bon déroulement du scrutin ont vivement critiqué cette interprétation très restrictive qui, selon eux, constitue une franche violation de l’esprit de la loi. « Puisqu’il n’est pas coupable, Sam Rainsy doit pouvoir présenter sa candidature », explique  Yim Sovann, porte-parole du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP)

 

Contestation

«Si je ne peux pas participer, après les élections, tous les Cambodgiens manifesteront et la communauté internationale entière condamnera les résultats et jugera cela comme un simulacre d’élections», avait-il déclaré.

En refusant qu’il participe aux élections, la Commission prend donc le risque d’ouvrir la voie à la contestation à l’intérieur du pays, mais aussi à l’extérieur. A l’étranger, Sam Rainsy avait reçu ces derniers mois le soutien de Washington, qui avait salué sa grâce et demandé à Phnom Penh de «lui permettre de jouer sans entraves un rôle significatif dans les élections».
Le rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’Homme au Cambodge, Surya Subedi, avait pour sa part appelé à ce que l’opposant joue «un rôle à part entière» en politique.

Sauf changement de cap de dernière minute, ce ne sera donc pas le cas. Et si la victoire de Hun Sen ne fait guère de doute, la seule présence de Sam Rainsy au Cambodge permettra sans doute à son parti de gagner nombre de voix.

Les 9,6 millions d’électeurs inscrits auront le choix entre huit partis, sous le regard attentif de 7.700 observateurs, nationaux comme internationaux.

Lors du précédent scrutin en 2008, le Parti du peuple cambodgien (PPC) de Hun Sen avait remporté 90 des 123 sièges de l’assemblée nationale, contre 26 pour le Parti Sam Rainsy (PSR) et trois pour le Parti des droits de l’Homme (PDH), qui ont décidé de s’unir au sein du CNRP pour ces élections.

 

Krystel Maurice