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Frontière du Vietnam: fin du premier acte

Alain Fortin, le chargé d’affaire de l’ambassade de France à Phnom Penh et Hor Namhong, le ministre cambodgien des affaires étrangères, lors de la remise officielle des cartes françaises établies sous le protectorat, le 3 septembre 2015. Photo capture écran AKP.

Hor Namhong, le ministre cambodgien des affaires étrangères ne cachait pas sa satisfaction hier lors de la réception officielle des cartes françaises dressées sous le protectorat délimitant la frontière vietnamienne. «  Ce n’est pas une frontière différente. Pourquoi ? Parce que nous avons utilisé ces cartes au 1/100 000 que nous avions depuis des décennies, depuis 1985 lorsque nous avons signé le traité de démarcation avec le Vietnam. Voilà pourquoi ce n’est pas différent ».

Le 13 juillet, au plus fort des tensions sur la question de la délimitation de la frontière vietnamienne, le Premier ministre Hun Sen avait officiellement demandé à la France, aux Etat-Unis, et à la Grande- Bretagne, le prêt des copies des cartes originales internationalement reconnues. Ces cartes sont inscrites dans la Constitution de 1993 qui stipule dans l’article 2 : «  L’intégrité territoriale du Cambodge est absolument inviolable dans ses frontières délimitées sur les cartes à l’échelle au 1/100 000ème établies entre les années 1933 et 1953 et internationalement reconnues entre les années 1963 et 1969 ».

Accédant à sa requête, la France a donc transmis ces cartes hier, lors d’une cérémonie de trois heures en présence du chargé d’affaire de l’ambassade de France et des représentants de l’opposition.
A l’aide de transparents des copies des cartes utilisées par le Cambodge, Var Kimhong, qui dirige la délégation cambodgienne du comité mixte de délimitation de la frontière, a démontré que chacun d’eux correspondait aux 26 cartes françaises.

Suite à une précédente demande du Premier Ministre, une cérémonie identique avait eu lieu le 20 août lors de la remise des cartes prêtées par l’ONU.

L’ONU n’ayant pas retrouvé les cartes au 1/100 000 déposées par le roi Sihanouk en 1964, elle avait mis à la disposition du Cambodge 18 cartes qui lui avait été fournies dans les années 60 lors des bombardements américains sur le Cambodge. Ces documents avaient cependant été établis selon une technique différente appelée projection transverse universelle de Mercator (UTM). « Comme nous le voyons, nos cartes ne sont pas différentes de celles de l’ONU », avait alors déclaré Hor Namhong.

Pour le gouvernement, l’affaire est donc réglée: « Le problème des frontières et des cartes devrait s’arrêter là », a martelé hier le ministre des affaires étrangères. « Nous ne laisserons pas un parti politique s’emparer de cette question pour faire campagne et inciter les Cambodgiens à agir contre le gouvernement ».

Mais dans les rangs de l’opposition, on est loin de partager cette opinion. « Ces cartes officielles [ françaises] sont-elles celles qui ont été utilisées pour mesurer l’implantation des bornes le long de la frontière ? », s’est interrogé Ou Chanrith, le député du Parti du sauvetage national du Cambodge qui conduisait la délégation de l’opposition lors de la cérémonie d’hier.
Et d’expliquer qu’il pensait que les cartes utilisées pour le bornage étaient en réalité des cartes UTM sur lesquelles figurent coordonnées, axes, et échelles. «Nous devons faire appel à des cartographes et mener aussi nos propres recherches pour affirmer notre point de vue». « La question de la frontière, des cartes et de la terre sont l’affaire de tous les Cambodgiens et nous continuerons à en parler tant qu’il y aura des problèmes. »

 

Krystel Maurice