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Le Cambodge subit la déforestation la plus rapide au monde

La déforestation dans le Mondolkiri en 2010. Photo Krystel Maurice

Le Cambodge détient désormais un triste record mondial, celui de la perte de la couverture forestière la plus rapide de ces 13 dernières années, selon une étude publiée le 2 septembre par Global Forest Watch.
Cette plate-forme en ligne, initiée par le World Resources Institute, utilisent les données satellitaires de l’université du Maryland, aux Etats-Unis, et de Google, mises à jour tous les huit jours.

Au total, révèle Global Watch Forest, la planète a perdu plus de 18 millions d’hectares de forêts pour la seule année 2014, soit une surface égale à deux fois celle du Portugal.

A eux seuls, les pays tropicaux ont perdu plus de la moitié de ce total, soit 9.9 millions d’hectares de couverture arborée, une superficie aussi grande que le territoire de la Corée du Sud. Mais, et c’est là un phénomène nouveau, 62% de ces pertes ont eu lieu dans des pays autres que le Brésil et l’Indonésie, contre 47% en 2001.

Le Cambodge est le pays où la perte de la couverture arborée a augmenté le plus rapidement depuis 2001,  au rythme de 14, 4% par an, comme l’atteste le tableau ci-dessous, établi par le World Resources Institute.

Les pays connaissant la plus grande vitesse de perte de la couverture arborée entre 2001 et 2014. ©World Resources Institute

Les pays connaissant la plus rapide accélération de la perte de leur couverture arborée entre 2001 et 2014. ©World Resources Institute

 

En 2014, la superficie de forêt disparue au Cambodge y est quatre fois plus importante que celle constatée en 2001. Entre 2001 et 20013, 1, 447 739 millions d’hectares de forêt ont été éradiqués sur un total de 9 millions d’hectares recensés en 2000. L’année 2010 a été la plus destructrice avec 237 875 hectares d’arbres coupés.
Depuis, la tendance s’est infléchie mais reste à des niveaux très élevés puisque 177 969 hectares de forêt ont encore été rayés de la carte en 2013 (voir ici la carte interactive permettant de mesurer l’ampleur de ce recul).

Cette situation particulièrement préoccupante est due en grande partie à la conversion des forêts naturelles en plantations d’hévéas. En avril dernier, des chercheurs ont établi «une forte corrélation» entre déforestation et hausse du prix du caoutchouc sur le marché mondial.
C’est aussi ce que démontre le World Resources Institute en croisant les données de Global Forest Watch et de la Banque mondiale ( graphique ci-dessous).

Perte de la couverture arborée au Cambodge et prix des cours mondiaux du caoutchouc

Mise en corrélation de la perte de la couverture arborée au Cambodge et des prix des cours mondiaux du caoutchouc.

 

On remarque ainsi que les prix du caoutchouc (en rouge) étaient à la hausse en 2010 , atteignant des sommets en 2011 pour redescendre jusqu’en 2014. Au Cambodge, sur la même période, la perte de la couverture arborée a suivi ces fluctuations, la déforestation étant au plus haut en 2010 pour s’atténuer jusqu’en 2014.

Mais c’est aussi l’ensemble des pays du Mékong (Vietnam, Cambodge Laos, Birmanie et Thaïlande) qui est touché par cette déforestation. De 2001 à 2014, le taux moyen de perte de la couverture arborée de ces pays est cinq fois plus important que dans le reste des tropiques.

 

 

Krystel Maurice