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Élections législatives: grâcié par le roi Sam Rainsy annonce son retour pour la campagne électorale

Le chef de l’opposition cambodgienne Sam Rainsy, en exil pour échapper à la prison, a été gracié vendredi par le roi et a immédiatement annoncé son retour pour la campagne des élections de fin juillet dont le Premier ministre est encore donné gagnant après 28 ans au pouvoir.

Le chef du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) vit en France pour échapper à trois condamnations à un total de onze années de prison, que ses partisans jugent politiques.

Mais celui qui est considéré comme le plus important adversaire du Premier ministre Hun Sen est désormais « un homme libre», a déclaré le porte-parole du gouvernement Phay Siphan. « Il est le bienvenu à la maison et il peut rentrer n’importe quand ».

Une invitation immédiatement acceptée par l’intéressé, qui avait écrit au roi en juin pour demander sa grâce et qui a annoncé à l’AFP son retour « dans les prochains jours ».

« C’est une petite victoire pour la démocratie que le leader de l’opposition soit autorisé à être dans le pays pendant la campagne électorale et le jour des élections », a-t-il déclaré par téléphone depuis la France. « Beaucoup reste à faire », a ajouté l’opposant, qui avait déjà il y a quelques jours promis de rentrer au pays avant le scrutin.

Interdit de participer au scrutin

La grâce a été demandée au roi par le Premier ministre Hun Sen « dans un esprit de réconciliation », a précisé un responsable gouvernemental sous couvert de l’anonymat, précisant que l’opposant n’aurait de toute façon « pas le droit » de participer aux législatives.

Dans sa lettre au roi, vue par l’AFP, l’homme fort du Cambodge, au pouvoir depuis 1985, a plaidé pour cette grâce pour permettre aux élections d’avoir lieu « selon des principes démocratiques ».

Mais la commission électorale a de toute façon interdit à l’opposant de participer au scrutin.

Les Etats-Unis avaient récemment émis des doutes sur l’équité du processus électoral sans la participation effective de Rainsy et des élus américains ont réclamé cette semaine le gel des aides américaines si ces élections n’étaient pas justes et libres.

L’opposition de son côté dénonce un système de corruption généralisée et la mainmise du clan Hun Sen sur tous les organes du pouvoir.

Si les partis de l’opposition sont effectivement autorisés à faire campagne, les observateurs doutent effectivement qu’ils aient la moindre chance d’évincer Hun Sen, qui avait remporté 90 des 123 sièges de l’assemblée nationale en 2008, sur fond d’accusations de fraude.

Dans l’espoir malgré tout de faire tomber l’homme fort du Cambodge, Sam Rainsy s’est allié l’an dernier avec un autre opposant, Kem Sokha, pour créer le CNRP.

La campagne électorale a été officiellement lancée le 27 juin mais avait de facto commencé plusieurs semaines auparavant, avec un durcissement marqué des discours de part et d’autres.

Il y a quelques semaines, Hun Sen n’avait ainsi pas hésité à brandir le risque d’un nouveau plongeon dans la guerre civile en cas de victoire de l’opposition. Car Sam Rainsy a promis de poursuivre des ministres qu’il accuse d’être impliqués dans les atrocités du régime khmer rouge qui a fait quelque 2 millions de morts entre 1975 et 1979.

Le numéro deux du CNRP, Kem Sokha, est de son côté au coeur d’une polémique liée à la publication sur un site du gouvernement d’un enregistrement dans lequel il aurait remis en cause l’existence de la prison de Tuol Sleng, où 15.000 personnes ont été torturées avant d’être exécutées par les Khmers rouges.

L’enregistrement, coupé et tronqué selon Sokha, a permis à Hun Sen d’obtenir de toute urgence le vote d’une loi interdisant la négation des crimes khmers rouges. L’affaire a aussi donné lieu à un recours en justice pour diffamation et à une manifestation de 10.000 personnes.

Un mouvement que le CNRP juge, là encore, orchestré par le gouvernement.

(AFP)