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A Phnom Penh, plusieurs milliers de personnes manifestent contre un député de l’opposition

Quelque 10 000 personnes ont manifesté dimanche à Phnom Penh pour exiger des excuses du député de l’opposition Kem Sokha, vice-président du  Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), accusé d’avoir remis en cause l’existence de la prison de Tuol Sleng, appelée aussi S-21,  à Phnom Penh.
Près de 15.000 personnes ont été torturées dans cette prison  durant le régime khmer rouge, entre 1975 et 1979,  avant d’être exécutées.

En tête de la manifestation, haut-parleur en mains, Chum Mey, aujourd’hui âgé de 83 ans, l’un des rares rescapés de la prison de Tuol Sleng affirmait : «Je ne laisserai personne contrefaire l’histoire tant que je serai vivant ».  « Ce que dit Khem Sokha n’est pas la vérité ».

Dans un communiqué, les manifestants affirmaient agir en toute indépendance du pouvoir en place. Ils disaient n’attendre que des excuses de la part du député de l’opposition, lequel avait crié à la manipulation, expliquant qu’il était victime d’un montage radio.

Même son de cloche du coté du gouvernement, lequel répétait que la manifestation était « indépendante ».

Mais  dimanche, Kirt Chantharith, porte-parole de la police nationale a lui-même reconnu que les autorités locales avaient fourni la logistique aux manifestants, leur procurant camions, nourriture, boissons et toilettes.

Et dans le Parc de la Liberté où avait lieu le rassemblement, des gardes de sécurité expliquaient aux manifestants comment tenir pancartes et banderoles pendant que des dizaines d’hommes avec des talkies-walkies canalisaient la foule.

«La manifestation a été orchestrée par le Parti populaire du Cambodge (PPC)» du Premier ministre qui dispose d’une écrasante majorité au parlement, a déclaré Yim Sovann, porte-parole du CNRP, en accusant le PPC d’avoir payé des Cambodgiens pour qu’ils manifestent.

L’association de victimes du régime Khmer rouge que préside Chum Mey s’était préalablement démarquée de cette manifestation dans un communiqué : « Ce que fait Chum Mey va à l’encontre des positions de l’association dont le but est d’obtenir justice via le tribunal … et à nous opposer à toute tentative de division du pays »

Les manifestants se sont ensuite rendus au  siège du principal parti d’opposition, le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), dont le député incriminé est le numéro deux.

« Vous ne pouvez demander à quelqu’un de reconnaître sa culpabilité s’il n’a commis aucun crime », a expliqué la député de l’opposition Mu Sochea qui se trouvait aux cotés de Khem Sokha lorsque celui-ci a prononcé son discours à Kompong Cham.

Plusieurs manifestations de moindre ampleur ont également été organisées dimanche dans le pays.

Le parlement cambodgien a voté vendredi une loi controversée qui punit de deux ans de prison la négation des crimes des Khmers rouges, un dossier qui s’est imposé au coeur de la campagne électorale à moins de deux mois du scrutin.

Les 27 députés de l’opposition en étaient absents, le comité permanent de l’Assemblée nationale ayant décidé deux jours plus tôt de les exclure en les privant de salaire au motif qu’ils venaient de fusionner pour créer un nouveau parti en vue des élections.

 

Krystel Maurice