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Vives protestations au lendemain de la condamnation de l’opposant Mam Sonando

La condamnation, le 1er octobre,  à 20 ans de prison du franco-cambodgien Mam Sonando, directeur d’une radio indépendante et opposant de longue date au Premier ministre cambodgien, soulève de nombreuses protestations de la part des associations de défense des droits de l’homme mais aussi des responsables gouvernementaux étrangers.

Arrêté le 15 juillet à son domicile de Phnom Penh, Mam Sonando, âgé de 71 ans  était accusé « d’insurrection et d’incitation à l’usage d’armes contre l’état ».
Trois semaines plus tôt, il avait  été accusé par le Premier ministre Hun Sen  d’avoir participé à un « complot » en vue de créer une « région autonome » dans la province de Kratie, au nord-est du pays. Selon Hun Sen, Mam Sonando avait incité les paysans du village de Prama (commune de Kompong Damrei, dans le district de Chhlong) et de la région à faire «sécession». La dramatique intervention des policiers dans ce village s’était soldée par la mort d’une jeune fille 14 ans.

Conflit foncier

Une version rocambolesque qui avait stupéfait les observateurs et provoqué la colère des associations des droits de l’homme. En réalité, depuis 2007, les habitants de ce village expulsés de leurs terres par une entreprise de caoutchouc refusent de quitter les lieux. Un conflit foncier parmi des milliers d’autres au Cambodge, qui a pour le moins permis au gouvernement de faire place nette en justifiant l’usage d’armes automatiques pour déloger le millier de familles qui s’y trouvaient.

Mam Sonando a donc écopé de 20 de prison tandis qu’un second accusé, Bun Ratha, a été condamné lundi par contumace à une peine de 30 ans de prison. Trois autres inculpés ont été condamnés à des peines allant de cinq ans à dix mois de prison.

L’Union européenne s’est dite très préoccupée par ce verdict qui   « soulève de graves doutes sur l’impartialité et l’indépendance de la Cour ». Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères s’est  dit  quant à lui « troublé » par la condamnation du ressortissant franco-cambodgien. « La France déplore cette condamnation. Elle appelle les autorités cambodgiennes à garantir que les voies de recours permettront de réexaminer sans tarder cette affaire de manière juste et équitable » affirme un communiqué publié hier. Le Département d’état américain a lui aussi fait part de sa « profonde préoccupation » quant au sort du directeur de la radio. Rappelant son attachement à la liberté d’expression, il demande  sa libération «immédiate» .

Les associations de défense des droits de l’homme, telles que Amnesty International, voient « des motivations politiques » à ce verdict « parfaitement scandaleux » .
Mam Sonando, président de l’association des démocrates, avait déjà été arrêté en 2003 et 2005 pour ses activités politiques et son opposition au premier ministre Hun Sen.

 

Krystel Maurice