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Procès en appel de Mam Sonando: vers une possible réduction de peine

Mam Sonando lors de son procès en appel le 5 mars 2013 ( à gauche) et lors de son procès en première instance le 16 juillet 2012. Toujours souriant, toujours le même geste de victoire, même si les cheveux ont blanchi.

C’est avec un optimisme très prudent que les associations de défense des droits de l’homme ont commenté hier les deux jours de procès en appel du franco-cambodgien Mam Sonando qui venaient de se dérouler à Phnom Penh.

Propriétaire de la radio indépendante Beehive et opposant de longue date au Premier ministre cambodgien, Mam Sonando, âgé de 71 ans,  a été condamné le 1er octobre dernier à 20 ans de prison pour insurrection et incitation à l’usage d’armes contre l’état.Un verdict qui a suscité de vives protestations dans le monde.

Complot

Quelques jours avant son arrestation le 15 juillet, Mam Sonando  avait  été accusé par le Premier ministre Hun Sen  d’avoir participé à un « complot » en vue de créer une « région autonome » dans la province de Kratie, au nord est du pays. Selon Hun Sen, Mam Sonando avait incité les paysans du village de Prama (commune de Kompong Damrei, dans le district de Chhlong) et de la région à faire «sécession». La dramatique intervention des policiers dans ce village s’était soldée par la mort d’une jeune fille 14 ans (voir notre article ici).

Une douzaine de fermiers du village avaient été arrêtés dont trois ont  été condamnés à des peines de 10 mois à cinq ans de prison pour les mêmes chefs d’accusation.

Tout comme Mam Sonando, deux de ces villageois, Chan Sovann and Touch Rin- respectivement condamnés à trois et cinq ans de prison ferme – ont fait appel de ce jugement et ont comparu les 5 et 6 mars devant la Cour à Phnom Penh.

« Ces accusations sont totalement injustes », a réaffirmé Mam Sonando lors l’audience affirmant que les témoignages portés contre lui provenaient de « fauteurs de troubles » déterminés à lui « créer des problèmes ». En tant que patron d’une radio, « mon travail est d’éduquer les gens pour qu’ils respectent les lois sans avoir recours à la violence », a-t-il ajouté.

Sept témoins, également arrêtés et accusés d’avoir comploté contre l’état, avaient déposé à charge contre Mam Sonando en première instance. En échange de leurs témoignages ils avaient été libérés ultérieurement.

 

Des témoins à charge absents

Mardi, Mam Sonando a demandé à être confronté à ses accusateurs et son avocat a réclamé le report de l’audience dans la mesure où aucun d’entre eux ne s’était déplacé, en dépit d’une convocation du juge. « Perte de temps », a rétorqué le juge qui a balayé d’un revers de manche ces demandes, précisant bizarrement qu’il n’avait pas le pouvoir de les contraindre à se présenter. Une attitude qui a choqué l’auditoire, parmi lequel le représentant du Haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU qui a relevé que l’obligation de se présenter à l’audience était pourtant clairement stipulée dans le code de procédure pénal en vigueur.
A l’extérieur du tribunal plusieurs centaines de supporters de Mam Sonando manifestaient bruyamment pour réclamer sa libération.

 

Vers une levée du chef d’inculpation le plus grave ?

 

Mercredi, la plaidoirie du procureur Hean Rith a semblé faire évoluer le cours de l’affaire. « Il n’y a pas de raison de croire que Mam Sonando a incité les villageois à nettoyer ces terrains et à utiliser des armes contre les représentants du gouvernement », a-t-il déclaré. Il a ainsi suggéré de  lever l’inculpation  pour insurrection et incitation à l’usage d’armes contre l’état, pour ne retenir contre Mam Sonando que l’inculpation pour incitation à la déforestation illégale. Des faits qui, selon la loi, sont tout de même passibles de 5 à 10 ans de prison.

Toujours souriant et calme, Mam Sonando a juste eu le temps d’adresser une brève déclaration à la presse avant d’être poussé dans le van par les policiers qui l’escortaient: « Je suis content mais pas à 100 % car je n’ai rien fait de répréhensible. » Il s’est dit confiant  dans la décision que prendra la Cour.

Le verdict sera prononcé jeudi 14 mars.

 

Krystel Maurice