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Ouverture au Cambodge du sommet de l’ASEAN

Le XXI e sommet réunissant les ministres des Affaires étrangères des dix pays membres de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) a débuté samedi à Phnom Penh, dans une capitale nettoyé de ses mendiants, de ses enfants des rues et de ses prostituées.
Dans le panel d’invités, la présence lundi et mardi de Barack Obama pour une visite historique, très attendue par les Cambodgiens. Il sera le premier président américain en exercice à visiter le pays.

Le conflit de territoire entre la Chine et le Japon sera sans doute à nouveau évoqué. Très contesté, le Cambodge, qui assure la présidence tournante de l’association, avait tenu un précédent sommet en juillet dernier mais aucune issue n’avait été trouvée au conflit.

Fidèle allié de Pékin, Phnom Penh avait en effet refusé, malgré la demande du Vietnam et des Philippines, de mentionner dans le communiqué  final, le conflit qui oppose la Chine au Japon concernant le sort des îles Senkaku. Ces îles inhabitées sont administrées par le Japon mais revendiquées par la Chine et Taïwan.

Le Vietnam et les Philippines, qui craignent que ce conflit ne porte atteinte à la stabilité et à la libre circulation navale dans la mer de Chine méridionale, ont reçu le soutien de Washington sur la nécessité de porter ce problème à l’attention de la communauté internationale.

Droits de l’homme

Dimanche, quelque deux cent Cambodgiens menacés d’expulsion, parmi lesquels des expulsés des quartiers de Boeng Kak et de Boreil Keila,  ont déployé  des banderoles appelant à l’aide le président américain. Alors que les disputes foncières sont devenues le dossier le plus brûlant du pays, provoquant des incidents violents cette année, les manifestants se sont rassemblés au cœur de la capitale sur un site dont 4.000 personnes ont déjà été expulsées.

Huit personnes avaient été brièvement arrêtées cette semaine pour le même type de manifestation. Elles avaient installé sur leur toit près de l’aéroport de Phnom Penh des portraits d’Obama à côté des lettres SOS. Toutes les autres tentatives, ont été systématiquement bloquées par les autorités.

Selon la Maison Blanche, le président américain évoquera les questions de droits de l’Homme avec le Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 1985. « Nous sommes très inquiets concernant les droits de l’Homme au Cambodge, a déclaré Ben Rhodes, conseiller adjoint à la sécurité nationale à bord de l’avion présidentiel en route vers la Thaïlande. Nous allons soulever publiquement [ cette question] en utilisant toutes les opportunités possibles pour le faire, a-t-il ajouté, réclamant notamment des élections justes et la libération des prisonniers politiques ».

Mardi, Human Rights Watch avait,  dans un rapport intitulé Tell them that I want to kill them (à télécharger ici, en anglais),  dénoncé les centaines d’agressions et de crimes politiques commis par les forces de sécurité cambodgiennes dans le pays depuis 1991 et restés impunis. L’organisation avait notamment appelé Obama à faire pression sur Hun Sen pour qu’il mette fin à des années de régime « violent et autoritaire ».

Mais la visite du président américain s’inscrit dans une stratégie géopolitique plus large, visant à contrer l’influence grandissante de la Chine. Depuis le 11 septembre 2001, les dirigeants américains, monopolisés  par la traque au terrorisme, ont délaissé la région. Une aubaine pour la Chine qui, à grands renforts de milliards,  s’y est engouffrée.

Krystel Maurice (avec agences)