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ONU: la vague de procès contre des opposants menace le processus démocratique du Cambodge

Au cours des deux derniers mois, le gouvernement cambodgien a déposé huit plaintes pour diffamation et désinformation devant les tribunaux contre des opposants politiques et des journalistes.
Face à ce déferlement de procès, le haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a, dans un communiqué publié le 15 juin, estimé qu’il s’agissait d’une « sérieuse menace» contre le processus démocratique au Cambodge.

Ces recours devant les tribunaux « sape les libertés constitutionnelles d’opinion et d’expression auxquelles chacun a droit au Cambodge, et qui constituent le fondement de l’exercice des droits civils et politiques » critique le haut-commissariat aux droits de l’homme. «L’expérience observée dans les autres pays montre que limiter la liberté d’expression, au lieu de replacer les critiques dans le cadre […] du débat et de la discussion, incite non seulement à l’autocensure, mais nourrit aussi la peur, la frustration et la colère, avec le risque de mener à de nouveaux conflits et à la violence », ajoute le communiqué.
« Poursuivre les recours intentés actuellement pourrait inverser le cours du processus démocratique encore fragile dans le pays », met encore en garde le haut-commissariat.

Le porte-parole du Conseil des ministres Phay Siphan, qui dit ne pas avoir encore pris connaissance de ce communiqué, s’est empressé de critiqué l’ONU, qui selon lui n’a aucune connaissance de la réalité cambodgienne. « Avant de critiquer, l’ONU devrait d’abord s’informer de la situation au Cambodge. Nous ne faisons qu’appliquer la loi. Et toutes nos lois protègent les droits et la dignité de l’homme ».

Les opposants visés par ces procédures judiciaires émanant des membres du gouvernement sont :
-Mu Sochua, députée de l’opposition (Parti de Sam Rainsy) qui est sous le coup d’une plainte pour diffamation déposée par Hun Sen, contre elle et son avocat Kong Sam Onn.

– Hang Chakra, directeur du journal d’opposition Khmer Machas Srok, une publication proche de Sam Rainsy, accusé par le gouvernement de diffusion de fausses informations pour une série d’articles récents évoquant la corruption au sein du gouvernement. Le Club des journalistes cambodgiens a par ailleurs dénombré six autres plaintes déposées devant les tribunaux à l’encontre de journalistes depuis le début de l’année 2009.

-Moeung Sonn, président de la Fondation pour la sauvegarde de la civilisation khmère, accusé de propagation de fausses informations et d’incitation à troubler l’ordre public pour avoir affirmé que les récentes installations d’éclairage nocturne à Angkor Vat avaient dégradé le temple. Redoutant une arrestation, celui-ci s’est réfugié en France.

-Sam Rainsy, leader de l’opposition sous le coup d’une plainte déposée par le gouverneur de Phnom Penh, Kep Chuktema.

-Ho Vann, député de l’opposition du Parti de Sam Rainsy, qui a critiqué la valeur des diplômes obtenus par les généraux des Forces Armées Royales Khmères (FARK) après une formation au Vietnam.

-Soung Sophorn, qui fait partie des 4 000 familles du lac de Boeng Kak, menacées d’expulsion par le projet de l’entreprise Shukaku. A ce jour, c’est le seul à avoir été jugé. La cour l’a condamné le 8 juin 2009 à une amende de 1250 dollars pour avoir tagué le mur de sa propre maison de slogans hostiles au gouvernement.

 

Krystel Maurice