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Amnesty International dénonce les expulsions forcées

Amnesty International qui vient de publier son rapport annuel dénonce une fois encore les évictions forcées pratiquées au Cambodge durant l’année 2009. « Cette année encore, des milliers de Cambodgiens ont été frappés par des mesures d’expulsion. Quelque 27 000 personnes ont été chassées de chez elles, dans le cadre d’au moins 26 procédures. L’immense majorité d’entre elles appartenaient à des communautés très pauvres.

Amnesty évoque notamment le cas des habitants du  « Groupe 78 » qui, à  Phnom Penh, ont été expulsés de leurs maisons au profit d’une entreprise privée. « Dans la nuit du 16 au 17 juillet, les forces de sécurité ont expulsé de force les habitants […] à l’issue d’une procédure juridique entachée de graves irrégularités », indique le rapport. « Les 60 familles encore présentes sur le site n’ont eu d’autre choix que de démonter leurs maisons et d’accepter les indemnités qui leur étaient proposées, à la condition d’aller vivre loin de leur ancien quartier et de leur lieu de travail. La plupart des familles ont dû s’installer en dehors de la capitale, dans un secteur où elles avaient peu de chances de retrouver un emploi. ».

[…] Réagissant aux critiques formulées par la société civile, la Banque mondiale a cherché à renforcer les garanties prévues dans le cadre d’un projet d’urbanisme soutenu par des fonds de diverses provenances, afin que les habitants des quartiers pauvres des villes et d’autres zones vulnérables ne puissent être expulsés. Le gouvernement a répondu début septembre en mettant fin au contrat qui le liait à la Banque mondiale. »

149 personnes arrêtées pour avoir protesté contre les expulsions forcées

« Les riches et les puissants ont cette année encore abusé du système judiciaire pour réduire au silence ceux et celles qui protestaient contre les expulsions et les spoliations. La police a arrêté au moins 149 militants, alors qu’ils entendaient simplement défendre de manière pacifique le droit au logement ».

Amnesty cite notamment le cas d’un village de la province de Siem Reap où le 22 mars 2009, des membres des forces de sécurité ont ouvert le feu sur  les habitants, blessant au moins quatre personnes. Ces villageois du district de Chikreng, qui n’étaient pas armés, contestaient la perte de terres agricoles sur lesquelles ils estimaient avoir des droits. À la fin de l’année, aucune enquête officielle n’avait été ouverte sur la fusillade, relève l’Ong. La police avait en revanche arrêté au moins 12 villageois, dont deux ont été reconnus coupables de vol pour avoir tenté de récolter du riz sur les terres contestées. Sept autres, bien qu’acquittés en première instance, étaient toujours en détention arbitraire après que le parquet eut fait appel.

Amnesty estime aussi que la liberté d’expression  a été « étouffée » à la suite d’une « série de poursuites » engagées contre des personnes qui avaient critiqué la politique du gouvernement. L’organisation cite notamment le cas du journaliste Hang Chakra, condamné à la prison «  pour la seule raison qu’il avait exprimé pacifiquement son opinion » et de la députée  d’opposition Mu Sochua, condamnée pour diffamation parce qu’elle avait elle-même porté plainte en diffamation contre le Premier ministre.

L’Assemblée nationale a adopté un nouveau Code pénal le 12 octobre. La diffamation reste considérée comme une infraction, relève Amnesty.

Amnesty dénonce également les violences contre les femmes et note que les poursuites contre les violeurs restent rares, d’une part parce que la loi est  peu appliquée, d’autre part parce que l’appareil judiciaire est souvent corrompu et que les arrangements financiers en marge de la justice sont fréquents. Le nombre de viols de femmes, de jeunes filles et de fillettes continue, semble-t-il, de progresser, notamment parmi les personnes travaillant dans l’industrie du sexe. Les victimes sont apparemment de plus en plus jeunes.

Télécharger l’intégralité du rapport d’Amnesty International  ici.

 

 

Krystel Maurice