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Tribunal Khmers rouges: peut-être de nouveaux accusés

Le Tribunal international chargé de juger les crimes commis sous les Khmers rouges vient d’ouvrir la porte à des enquêtes préliminaires supplémentaires impliquant d’éventuels nouveaux responsables Khmer rouges. Cette décision, entérinée le 18 août, n’a, curieusement, été rendue publique que le 2 septembre.

Depuis novembre dernier, la comparution de nouveaux accusés devant le tribunal divisait les co-procureurs. Robert Petit, co-procureur canadien, avait souhaité ouvrir de nouvelles enquêtes préliminaires en vue de déferrer de nouveaux accusés devant le tribunal, en sus des quatre anciens haut dirigeants qui comparaîtront dans les mois à venir.

Pour des raisons techniques le tribunal avait élaboré deux dossiers. Le premier, appelé cas N°1, concerne Duch, qui à l’époque des faits dirigeait la prison S 21 de Phnom Penh. Il est le seul accusé à reconnaître les faits et, à l’heure actuelle, il est toujours entendu par le tribunal.

Le deuxième dossier, baptisé cas N°2, concerne quatre haut responsables Khmers rouges : Khieu Samphan, ancien chef d’Etat, Ieng Sary, ancien ministre des affaires étrangères, son épouse Ieng Thirith, ancien ministre des Affaires sociales ainsi que Nuoun Chea, ex n°2 du régime, considéré comme l’idéologue du parti. A la différence de Duch, ces quatre accusés nient toute responsabilité dans les crimes commis dans le pays entre 1975 et 1979 qui ont entrainé la mort de plus de 2 millions de Cambodgiens. C’est dans le cadre de ce dossier N°2 que Robert Petit avait souhaité de nouvelles enquêtes.

Mais il s’était régulièrement heurté à son homologue cambodgienne, Chea Leang.Celle-ci avait estimé que de nouvelles enquêtes débouchant sur de nouvelles arrestations étaient de nature à compromettre la stabilité du pays. Selon elle, les ancien Khmers rouge ou ceux qui les avaient soutenus risquaient de commettre des actes de violences si la liste des accusés s’allongeait.
Le Premier ministre Hun Sen, avait, le 31 mars, vigoureusement défendu ces arguments, brandissant la menace d’un retour à la guerre civile.
Or ces enquêtes concerneraient précisément d’anciens hauts gradés militaires du régime khmer rouge qui, à la faveur de la politique de réconciliation nationale du Premier ministre Hun Sen, ont ensuite obtenu de hauts postes dans l’armée en échange de leur ralliement au nouveau gouvernement en place.

Le 23 juin, à la surprise générale, Robert Petit annonçait sa démission. Dans une déclaration à la presse, le magistrat canadien affirmait que son départ, effectif à compter du 1er septembre, était lié à des « raisons personnelles et familiales ». La Chambre préliminaire, elle, faisait lanterner sa réponse depuis des mois.

Composée de trois juges cambodgiens et de deux juges internationaux, la Chambre avait besoin d’une majorité de quatre voix pour refuser l’ouverture de nouvelles enquêtes à l’encontre de nouveaux suspects. N’ayant pas trouvé ces voix, elle n’était pas en mesure de s’y opposer.

Mais sa réponse tardive, publiée très précisément au lendemain même de la démission effective de Robert Petit, en affaiblie la portée. Certes, la Chambre sauve les apparences et peut continuer d’affirmer qu’elle est indépendante du pouvoir. Mais on ne peut que s’interroger sur les raisons pour lesquelles il lui a fallu tant de temps pour se prononcer. On s’interrogera aussi sur le calendrier choisi pour rendre publique ce communiqué par lequel elle accède enfin à la demande de Robert Petit, lequel est officiellement démissionnaire …depuis la veille.

Quoiqu’il en soit, le co-procureur canadien définitivement écarté, reste aujourd’hui à lui trouver un successeur aussi pugnace.

 

Krystel Maurice