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Tribunal Khmers rouges: Duch fait volte-face et demande sa remise en liberté

Duch © Pool CETC

Duch, l’ancien chef khmer rouge de la prison S-21, a stupéfait l’auditoire vendredi 27 novembre en demandant sa remise en liberté au dernier jour de son procès.

« J’ai depuis le début répondu aux questions qui m’étaient posées, mais je ne veux pas avoir l’air de marchander. […] Je dois m’excuser pour tous les crimes commis par le PCK car j’étais membre du PCK. […] Je n’ai jamais remis en question le chiffre de 12 380 victimes de S-21 et sais qu’il est inférieur à la réalité. […] J’ai déjà passé 10 ans, 6 mois et 18 jours en détention, je laisse le soin à la Cour de déterminer ma peine et je lui demande de me remettre en liberté. »

Désaccords des avocats

Cette déclaration fracassante est intervenue à la suite de la révélation au grand jour d’un désaccord profond entre ses deux avocats, le français François Roux et le cambodgien Kar Survath.

Ce dernier avait, mercredi, demandé l’acquittement de son client au motif que celui-ci n’était pas un haut dirigeant du régime Khmer rouge et que la responsabilité des crimes commis à l’époque ne pouvait donc lui être imputé.
Une position diamétralement opposé à celle de son confrère français, qui escomptait axer sa stratégie de défense sur le fait que Duch plaidait coupable.

Ce désaccord profond entre les deux avocats durait depuis des mois, mais la plaidoirie de Kar Survath mercredi a entrainé un revirement total de situation. François Roux a donc fait publiquement état du désaccord au sein de la défense et précisé qu’il renonçait à au plaidoyer de culpabilité. Comment aurait il pu en effet plaider coupable et demander dans le même temps l’acquittement ?

Il a donc tenté jeudi de défendre son client, en plaidant l’impossible choix auquel celui-ci était réduit.« L’accusé était totalement entre les mains du parti. Et dans les faits, il devait se comporter comme une machine, une machine obéissante », a dit François Roux. « Il s’est retrouvé lui-même dans une situation où il devait choisir entre tuer ou être tué ».
Me Roux a blâmé les mots «extrêmement durs» du procureur contre « un homme à genou qui demande pardon ». « Ce procès n’aurait pas pu se dérouler si Duch, à l’instar d’autres, avait décidé de garder le silence », a-t-il dit. Il a demandé aux juges de faire preuve de clémence à l’égard de son client qui, a-t-il dit, a totalement coopéré avec la justice. « Ce procès n’aurait pas pu se dérouler si Duch, à l’instar d’autres, avait décidé de garder le silence », a-t-il dit.

François Roux a ensuite vivement critiqué le réquisitoire demandant quarante années de réclusion criminelle à l’encontre de Duch : « Réclamer quarante ans, c’est ne pas avoir le courage de réclamer la prison à vie. Il faut appeler un chat un chat », a-t-il lancé.
François Roux a demandé une peine de dix ans de prison, déjà effectuée par Duch depuis son arrestation.

Sincérité des remords ?

Face aux divergences exprimées par les deux avocats de Duch, les juges ont donc demandé vendredi à l’accusé de déterminer lui-même sa position. La réponse est tombée, à la stupéfaction générale. « J’ai déjà passé 10 ans, 6 mois et 18 jours en détention, je laisse le soin à la Cour de déterminer ma peine et je lui demande de me remettre en liberté. »Il a ensuite laissé la parole à son avocat Kar Savuth qui a répété qu’il demandait l’acquittement de son client. Le président de la chambre de première instance a alors clos l’audience.

La plupart des membres des familles des victimes étaient tellement choqués par la demande de l’accusé qu’elles ont préféré ne pas réagir publiquement.

Prenant la parole lors d’une conférence de presse, la coprocureur cambodgienne s’est dite « surprise », tandis que son homologue international William Smith a estimé que ce changement de position « reflétait les vues de l’accusé sur la manière dont il souhaitait être jugé.» « Cela renforce l’impression que ses remords étaient limités », a-t-il estimé.

Krystel Maurice