En continu

Duch congédie son avocat français

Duch, qui dirigeait le centre de détention et de tortures S-21à Phnom Penh durant le régime Khmers rouges (1975-79), dont le verdict sera prononcé le 26 juillet, vient de congédier son avocat français, Me François Roux, a annoncé vendredi 9 juillet le tribunal parrainé par les Nations unies. Selon le communiqué du Tribunal, Duch aurait décidé de se débarrasser de son conseil pour cause de « perte de confiance ». Il demeurera défendu par son second avocat, le Cambodgien Me Kar Savuth.

Me Roux avait, durant le procès, poussé Duch, à admettre sa responsabilité dans la torture et l’exécution de quelque 15.000 personnes. Mais au dernier jour de l’audience, toute sa stratégie de défense avait été balayée par son client qui, à la surprise générale, avait demandé sa remise en liberté. Son avocat cambodgien Me Savuth, qui est aussi l’avocat du Premier ministre Hun Sen, avait en effet plaidé non coupable et demandé l’acquittement de son client au motif que celui-ci n’était pas un haut dirigeant du régime Khmer rouge et que la responsabilité des crimes commis à l’époque ne pouvait donc lui être imputée.

« C’est une mauvaise surprise totale, avait admis François Roux après le revirement de son client dont il considérait qu’il était pris dans des « enjeux qui le dépassent ». «  Il y a, au Cambodge, un certain nombre de gens qui ne souhaitent pas ce tribunal ».

Nombre d’observateurs se perdent en conjectures pour expliquer l’attitude de l’avocat cambodgien. Une théorie parmi d’autres est que Kar Savuth, proche du Premier ministre Hun Sen, a choisi ce plaidoyer de non culpabilité pour entrainer une condamnation à une très longue peine prison. Il est en effet connu que le gouvernement cambodgien souhaite que Duch finisse ses jours en prison. La stratégie du pouvoir serait de faire de Duch un symbole, de tout mettre en œuvre pour éviter de nouvelles inculpations et d’en finir avec ce procès qui dérange (lire ici). Quant aux quatre autres dirigeants du régime Khmer rouge dont le procès s’ouvrira en 2011, leur stratégie de défense est d’ores et déjà établie puisqu’ils nient farouchement toutes responsabilités dans les massacres commis durant le régime Khmer Rouge.

Rappelons qu’il s’agit du chef de l’État Khieu Samphan, du ministre des Affaires étrangères Ieng Sary, époux de Ieng Thirith, de Ieng Thirith, ancienne ministre des Affaires sociales du régime des Khmers rouges et de Nuon Chea, idéologue et numéro deux du régime.
Quoiqu’il en soit l’annonce, à quinze jours du verdict, de la révocation de François Roux, laisse, elle aussi, perplexe.

 

Duch en quête d’un avocat chinois pour le défendre en appel

Seule certitude dans cet océan d’interrogations, Duch s’apprête à faire appel du verdict qui sera prononcé le 26 juillet.  Dans une interview à RFI samedi Kar Savuth, l’avocat cambodgien de Duch, l’a d’ailleurs confirmé en annonçant que son client était actuellement en quête d’un avocat chinois. « La raison pour laquelle Duch veut un avocat chinois est que la Chine est un pays communiste comme l’était le Cambodge sous le régime de Pol Pot. Il ne veut pas d’avocat  d’un pays libre pour juger le peuple communiste».

Cette annonce est-elle une réalité ou annonce-t-elle une nouvelle stratégie visant à placer les débats sur un terrain beaucoup plus politique, décrédibilisant au passage le Tribunal parrainé par l’ONU ?

Dans le premier cas, il y a au moins une question à laquelle on pourra répondre avec certitude : les remords de Duch durant le procès n’avaient rien de sincères. Ce dont Chum Sirath, partie civile contre Duch se dit convaincu : « Duch est resté Khmer rouge jusqu’à la fin et je crois qu’il le fait pour l’histoire. Quand dans 100 ans les jeunes Cambodgiens apprendront l’histoire de la période Khmers rouges, Duch voudrait qu’on le considère comme un Saint-Just ou comme un Robespierre. », déclarait il vendredi dans une interview à RFI.

 

Krystel Maurice