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Colère et déception des parties civiles à l’annonce du verdict

La plupart des parties civiles n’ont pas masqué leur déception  à l’annonce du verdict du tribunal international qui a condamné Duch, le chef de la prison de S 21 à une peine de 30 ans de prison. Une condamnation moindre que celle requise par le procureur qui avait requis 40 ans.

Pour Me François Cantier, avocat des parties civiles et président d’Avocats sans Frontières, cette peine apporte un sérieux « bémol à la satisfaction liée au fait que Duch n’a pas été acquitté et libéré . Ce que, rappelons-le, son avocat cambodgien avait demandé... »

Aux pleurs et aux protestations dans la salle s’est ajoutée une confusion générale sur la peine prononcée. Une première peine de 35 ans a été prononcée, avant d’être réduite à 30 ans. Duch a en effet été détenu dans un camp militaire durant 8 ans, de 1999 à 2007. Or, selon la loi cambodgienne, cette détention provisoire n’aurait pas du excéder 3 ans.

Le tribunal soutenu par les nations Unies a donc soustrait ces cinq ans de la condamnation. Mais il a également soustrait de la condamnation les 11 années que Duch a déjà passées derrière les barreaux. Au bout du compte, Duch ne devra passer que 19 ans en prison.

« Cette peine est légère », estime Me François Cantier. « Les juges ont tenu compte de sa collaboration avec la justice… Mais pour avoir aussi travaillé dans le cadre du tribunal international pour le Rwanda, je peux vous assurer que la peine maximale a été prononcée à l’égard d’accusés qui ont aussi collaboré au processus. Compte tenu des faits et de la responsabilité de Duch, qui avait pouvoir de vie et de mort sur les détenus de S21, vraiment, la peine aurait pu être supérieure».

« C’est difficile à accepter pour les parties civiles », ajoute Me Martine Jacquin. « Cette peine est un message pour les accusés du prochain procès : si vous collaborez, la peine ne sera pas maximale. Elle est aussi un message d’apaisement à l’égard de la société civile. Même si cette position est difficilement audible pour les survivants et les proches des victimes. »

“11 heures par vie ôtée, c’est une blague”

«Nous espérions que le tribunal frapperait fort contre l’impunité mais si vous pouvez tuer 14’000 personnes et ne faire que 19 ans – 11 heures par vie ôtée – qu’est-ce que c’est? C’est une blague», s’est indigné Theary Seng, dont le père est mort au centre de détention S-21. «Mon sentiment profond est que cela rend la situation encore pire pour le Cambodge», a-t-il ajouté.

Chum Mey, l’un des rares survivants de la prison de Tuol Sleng qui avait souvent répété qu’il souhaitait la réclusion a perpétuité s’est dit «  désespéré » à l’idée que Duch puisse être relâché.

 

Krystel Maurice