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La démission du juge d’instruction Marcel Lemonde

Alors que le tribunal de Phnom Penh annonce la clôture de l’enquête visant quatre ex-dirigeants Khmers rouges, Marcel Lemonde, l’un des deux juges en charge de cette enquête, fait part de sa décision de démissionner.

Le juge d’instruction français Marcel Lemonde, l’un des deux magistrats instructeurs du tribunal chargé de juger les Khmers rouges, a annoncé jeudi 16 septembre, lors d’une conférence de presse, qu’il démissionnait.

Marcel Lemonde dit souhaiter « passer le relais à d’autres ». « J’ai d’autres projets. Depuis longtemps (…), mon grand souci était de partir sans que cela provoque une crise », a ajouté le magistrat qui avait rejoint les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) en 2006.

Il sera remplacé par l’Allemand Siegfried Blunk qui devrait prendre en charge les dossiers suivants, baptisés cas n°3 et Cas N°4. ll s’agit de cinq nouvelles enquêtes concernant des individus dont l’identité n’a pas été révélée.

Mais y aura-t-il de nouvelles enquêtes ? Rien n’est moins sûr. Hun Sen qui compte dans son gouvernement de nombreux Khmers rouges s’y est toujours opposé et n’a pas manqué de le faire savoir : « Je prierais pour que ce tribunal manque de fonds et que les juges et les procureurs s’en aillent» a-t-il affirmé en brandissant l’épouvantail d’un  «retour de la guerre civile» si de nouvelles inculpations étaient prononcées.
Depuis des mois, les allégations de pressions politiques  exercées par le pouvoir sur les magistrats  cambodgiens du tribunal sont récurrentes.

Pour Marcel Lemonde, la tâche était loin d’être aisée. Il s’est à plusieurs reprises heurté à son homologue cambodgien You Bunleng.
Dernier épisode en date,  le refus en juin dernier de You Bunleng de signer une commission rogatoire permettant  aux enquêteurs de commencer les investigations pour les dossiers numéro 3 et 4. Interrogé sur ce refus, You Bunleng avait plutôt donné l’impression de chercher à noyer le poisson. Il pensait, disait-il, que la Cour devait se concentrer sur le cas n°2 avant de lancer de nouvelles enquêtes. Il n’est plus convaincant aujourd’hui, alors que l’instruction du cas 2 est close: « Nous informerons le public en temps voulu quand ces questions seront à l’ordre du jour ».

Marcel Lemonde ne semble guère se faire d’illusions sur l’issue de ces enquêtes «Je serais surpris qu’il y ait d’autres dossiers ouverts», confiait-il y a peu.

Autres couleuvres pour le moins difficiles à digérer, aucun des six hauts responsables cambodgiens- dont le président de l’assemblée nationale,  le président du sénat, l’actuel ministre des affaires étrangères et le ministre des finances – qu’il a convoqués à l’automne 2009 pour être entendus à titre de « témoins »  dans le cas du dossier N°2 n’a daigné se déplacer pour être auditionné. C’est dire l’importance qu’ils attachent à ce procès et la considération dans laquelle ils tiennent un tribunal qu’ils ont pourtant contribué à mettre en place. « C’est choquant, commentait Marcel Lemonde. Cette attitude n’est pas conforme à l’accord passé entre le gouvernement et l’ONU» lors de la création  du tribunal.

Le départ du juge d’instruction français est –il  vraiment aussi naturel qu’il veut bien le faire croire ? « Jusqu’à maintenant, déclarait-il en juin 2009, j’ai toujours pu exercer mes fonctions comme je le voulais. Si cela ne devait plus être le cas,  je partirais. »

 

Krystel Maurice