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Le juge international jette l’éponge face aux pressions du gouvernement

Siegfried Blunk

Le juge allemand Siegfried Blunk a démissionné aujourd’hui de ses fonctions dénonçant les pressions permanentes du gouvernement cambodgien qui refuse de nouvelles inculpations pour les crimes commis durant le régime des crimes rouges.

Le Premier ministre cambodgien Hun Sen, lui même ex-cadre khmer rouge, s’est en effet souvent opposé publiquement à la tenue d’autres procès évoquant le spectre d’une nouvelle guerre civile si tel était le cas. D’autres membres du gouvernement, parmi lesquels le ministre des Affaires étrangères Hor Namhong et le ministre de l’Information Khieu Kanharith s’en sont aussi régulièrement fait l’écho.

Le magistrat allemand, en charge avec son confrère cambodgien de deux dossiers controversés dans lesquels aucune inculpation n’a été prononcée- baptisée cas n°3 et cas n°4- dénonce aujourd’hui ce qui « sera perçu comme des tentatives d’ingérences de responsables du gouvernement ».
Tout en revendiquant son indépendance, il estime dans un communiqué que sa «capacité à résister à la pression des responsables du gouvernement et à assumer ses fonctions de façon indépendante pourrait toujours être mise en cause, ce qui mettrait aussi en cause l’intégralité des procédures des dossiers 3 et 4 ».

Cinq nouveaux suspects sont concernés par ces deux dossiers. Meas Muth, commandant dans la marine sous le régime Khmer rouge  et Sou Met, commandant des forces aériennes pour le dossier N°3.

Le dossier N°4 concerne trois responsables régionaux khmers rouges – Aom An, Yim Tith et Im Chem – soupçonnés d’avoir commis des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité.

Depuis que le juge a annoncé fin avril, sa décision de clore le dossier n°3, les critiques à son encontre se sont multipliés. On lui reproche, entre autres choses, de n’avoir ni entendu ni même convoqué les suspects, de n’avoir pas investigué sur les lieux des crimes et d’avoir cédé aux injonctions du pouvoir.

L’ONG américaine Human Rights Watch avait réclamé sa démission la semaine dernière.

Cette démission affaiblit encore un peu plus une juridiction traversée par d’incessants conflits entre Phnom Penh et la communauté internationale. Quant aux dossiers 3 et 4, ils pourraient bien être définitivement enterrés.

 

Krystel Maurice