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Cambodge: un célèbre commentateur politique poursuivi en justice

Ou Virak fait l'objet d'une plainte en diffamation de la part du Parti au pouvoir. Ici, lors de sa visite en France le 15 avril.

Dernier épisode judiciaire révélateur d’un climat politique de plus en plus tendu à l’approche des élections, hier le Parti du peuple cambodgien (PPC) au pouvoir a poursuivi en justice Ou Virak, l’un des analystes politiques les plus célèbres du pays.

Président du cercle de réflexion Forum pour le futur, Ou Virak est accusé d’avoir porté atteinte à la réputation du PPC en laissant entendre que le parti tirait les ficelles d’une affaire d’adultère impliquant Kem Sokha, le n° 2 de l’opposition.

«  Le 24 avril 2016, au cours d’une interview sur Radio Free Asia, Ou Virak a fait un commentaire diffamatoire affirmant que la stratégie du PPC visait à faire pression sur Kem Sokha et sur ses finances», indique la plainte déposée par Sok Eysan, le porte-parole du PPC, laquelle est assortie d’une demande de condamnation de 100 000 dollars au titre des dommages et intérêts.

Une sombre histoire d’écoutes téléphoniques postée il y a deux mois sur Facebook impliquerait Kem Sokha, le numéro 2 de l’opposition, dans des relations sexuelles avec au moins deux femmes. Depuis, les services de police dont la police anti-terroriste et l’Unité anti-corruption,  interrogent sans relâche une coiffeuse de 25 ans, à laquelle Kem Sokha aurait promis de l’argent. Une bloggeuse très populaire dont le nom est également prononcé dans ces écoutes en termes peu amènes est elle aussi mêlée au scandale. Elle a porté plainte pour diffamation contre Kem Sokha et réclame la somme 1 million de dollars au titre des réparations. Tout comme vient de le faire la jeune coiffeuse, qui après avoir nié toute relation avec lui durant des semaines viendrait d’admettre le contraire. Elle a, elle aussi, déposé plainte contre Kem Sokha réclamant 300 000 dollars de dommages et intérêts.

Ou Virak dit avoir simplement exprimé une opinion à propos  de la situation politique, ce qui ne saurait être considéré comme une diffamation.  « Je suis triste. Les politiciens devraient prendre soin des gens et du pays, déclare-t-il à RFA en ajoutant : « Je maintiens mon commentaire. Les poursuites contre Kem Sokha, contre le parti d’opposition et contre les militants font partie de la stratégie du PPC. Cela peut engendrer un déclin de sa popularité ».

Cette plainte a été déposée quelques heures seulement après l’avertissement lancé aux commentateurs politiques par le Premier ministre sur sa page Facebook: « Vous avez des droits mais n’oubliez pas que nous en avons aussi.  En ce moment, nous préparons des plaintes contre des individus qui ont détruit l’honneur et la dignité du Parti du peuple cambodgien. »

A qui le tour ?

 

Krystel Maurice