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Phnom Penh: les opposants chassés du parc de la Liberté

Phnom Penh, samedi 4 janvier 2014, 18h

A Phnom Penh, en ce milieu d’après- midi, le parc de la Liberté, le seul parc endroit de la capitale dans lequel les rassemblements sont autorisés, est désert. Des nattes, des vêtements, des effets personnels abandonnés à la hâte, jonchent le sol. Ce qui, jusqu’à ce matin, était la scène depuis laquelle les dirigeants de l’opposition s’adressaient à leurs supporters, n’est plus qu’un amas de ferraille.

Tout autour du parc, dans les rues adjacentes, elles aussi désertes, les forces de l’ordre patrouillent et se regroupent prêt à intervenir au moindre rassemblement en vue.

« C’est ça la démocratie ! »

A 11h30 des troupes de la police anti-émeutes et de la police militaire ont bloqué les rues adjacentes au parc.
Quelques instants plus tard, deux camions munis de haut-parleurs arrivaient sur les lieux. Ordre était donné aux centaines de manifestant rassemblés pacifiquement d’évacuer la place dans l’instant.
Une horde de militaires, munis de boucliers et de bâtons a chargé la foule paniquée, frappant à l’aveugle, ici des femmes, là des moines.

Aux cotés de ces troupes, quelque 300 hommes en civil, arborant un brassard rouge et munis de bâtons,  participaient activement à ce « nettoyage», pourchassant, battant et terrorisant aussi bien les jeunes que les vieux qui tentaient de fuir. « C’est ça la démocratie ! » lançait l’un d’eux à une de nos consœurs reporter qui se trouvait sur place. Quelques minutes plus tard, tous les journalistes et travailleurs humanitaires étaient priés de quitter les lieux de toute urgence.
Plusieurs autels bouddhistes érigés par les manifestants ont été mis à sac, ce que l’on n’avait pas vu au Cambodge depuis des décennies. Dans le même temps, trois hélicoptères survolaient le parc pour s’assurer du bon déroulement de l’affaire.

 

«L’ordre social»

Ces évènements sont survenus quelques heures à peine après que Pa Socheatvong, le gouverneur de Phnom Penh, a fait parvenir une lettre à Sam Rainsy, président du Parti national du sauvetage du Cambodge dans laquelle il annonçait que les manifestations de l’opposition dans le Parc et dans les rues de la capitale ne serait plus autorisées à compter du 4 janvier «  afin d’assurer la sécurité et l’ordre social »  et ce « jusqu’à un retour à la normale ».

Depuis le début de l’après midi, des rumeurs évoquent des mandats d’arrestation contre les dirigeants de l’opposition. Mu Sochua, l’une des députés du parti déclare: «Je ne pense pas que ce soit une rumeur, je crois que c’est une réalité».

A l’heure actuelle, tous les députés élus de l’opposition se trouvent réunis au siège du parti dans le district de Meanchey à l’exception de Sam Rainsy et Kem Sokha, respectivement président et vice président, qui se trouvent «  en lieu sûr ». La manifestation que l’opposition avait prévu demain a été annulée.

Le parc vidé des supporters de l’opposition qui y campaient depuis le 15 décembre, les forces de police armées patrouillent désormais dans tous les coins stratégiques de la capitale. Mais elles sont également déployées à proximité de l’aéroport  et en banlieue de Phnom Penh, là où une manifestation d’ouvriers du textile a été réprimée hier par des tirs à balles réelles, provoquant la mort de quatre manifestants et faisant 24 blessés.

Nombreux sont les commerces qui à proximité du parc ont fermé leurs portes mais la colère des habitants contre le Premier ministre Hun Sen se fait aussi entendre.
A 18h, de petits groupes se formaient ici et là autour du Parc de la liberté et raillaient les forces de l’ordre. « Foutez le camp, foutez le camp, chiens ! Chiens ! ». Et  une nouvelle charge était donnée, plus violente encore.

 

Krystel Maurice