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Un bataillon militaire disperse violemment une manifestation d’employés du textile

Ce ne fut qu’une pause de quelques heures. Le temps de se souhaiter tout le bonheur du monde et la trêve est déjà finie.

En ce matin du 2 janvier, à Kambol, en périphérie de Phnom Penh,  des employés du textile qui bloquaient la Nationale 4 à proximité de la zone économique spéciale ont été violemment dispersés par une unité de la police militaire, le bataillon 911, de sinistre réputation.
Il semblerait que ce bataillon soit en charge de la protection privée de l’usine textile Kak Jing, une usine à capitaux coréens, fournisseur de Gap, Walmart, Pink.

Une quinzaine de personnes ont été arrêtées, des militants et des employés du textile, ainsi que cinq moines, selon Kheng Tito, le porte-parole de la police nationale. Plusieurs personnes ont été blessées, dont des moines et un photographe.

Des heurts entre policiers anti- émeute et manifestants  s’étaient déjà produits le 27 décembre à Kambol. Mais l’intervention d’une unité militaire dans le conflit textile est une première.

 

Tensions et arrestation du vérable But Buntenh

 

La situation est restée tendue toute l’après midi et en début de soirée. Dans l’après-midi, plusieurs centaines d’ouvriers du textile mais aussi des moines et des femmes de communauté de Boeng Kak, ont bloqué la nationale 4 qui va de Phnom Penh à Sihanoukville durant plus d’une heure, contraignant les camions en provenance du port de Sihanoukville à faire demi- tour.
Ils réclamaient la libération de la quinzaine de personnes toujours détenues par les militaires.
Vers 18h,  ces manifestants ont levé ce barrage sur la nationale. Plusieurs dizaines d’entre eux se sont alors transportés à proximité, bloquant cette fois-ci l’entrée du quartier général du bataillon militaire en question. Munis de haut-parleurs,  ils criaient leurs colère « Nous n’avons pas peur de vos fusils! », exigeant, sans succès, la libération des personnes détenues. Ils se sont finalement dispersés vers 19h, visiblement déterminés à revenir demain.

Au même moment, le vénérable But Buntenh, à la tête du Réseau des moines indépendants pour une justice sociale annonçait sur Facebook qu’il venait d’être arrêté par la police dans le district de Tbang Meanchey,  dans la province de Preah Vihear. Avec lui, un autre moine et trois membres d’une association auraient également arrêtés, mais cette information reste encore à confirmer. A 20h, le vénérable annonçait sa relaxe en précisant toutefois ” Je ne suis plus autorisé à me déplacer maintenant“.

Vers 20h également, une route située dans le même secteur, venait d’être bloquée par d’autres manifestants qui y brulaient des pneus. A l’heure où nous écrivons ces lignes, aucun policier n’était en vue.

Rencontre entre l’opposition et le PPC annulée

La rencontre préliminaire qui devait avoir lieu demain 3 janvier, entre le groupe de travail du Parti national du sauvetage du Cambodge et le parti au pouvoir a été annulée en raison des violences et des arrestations d’aujourd’hui, a confirmé Sam Rainsy au parc de liberté où sont toujours rassemblés ses supporters.

Ce matin la nationale 2 a, elle aussi, été bloquée ce matin durant 4 heures par des ouvriers du textile qui ont promis de revenir demain bloquer la circulation la journée entière.Tous refusent la dernière proposition du ministère du travail.

Les  syndicats appellent à de nouvelles négociations

Mardi soir, le ministère avait annoncé que le salaire minimum dans le textile passerait à 100 $ à partir de février.
Un revirement surprenant au vu du communiqué publié la veille. Non seulement, le ministère maintenait fermement sa position – un salaire 95 dollars à partir d’avril- mais il menaçait les syndicats qui continueraient d’appeler à la grève de suspendre leur agrément et de les poursuivre devant les tribunaux.

Ballon d’essai ou coup de bluff, toujours est-il que la dernière annonce du ministère apparait comme un coup d’épée dans l’eau. Ce matin, à l’issue d’une conférence de presse tenue par les six syndicats appelant à la grève, ceux-ci ont maintenu leur position : ils appelleront à la grève illimitée tant que le gouvernement n’organisera pas de nouvelles rencontres pour renégocier les salaires. A noter cependant qu’aucun d’eux n’a évoqué un salaire minimum à 160$.

 

Krystel Maurice