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Une dizaine de blessés à Phnom Penh lors d’une manifestation pour obtenir une télévision indépendante

A Phnom Penh ce lundi matin les forces de l’ordre, appuyées par des civils, ont une nouvelle fois violemment dispersé des manifestants pacifistes, faisant au moins dix blessés, dont six ont été hospitalisés, selon la Licadho, une association de défense des droits de l’homme.

Hier déjà, une dizaine de personnes avaient légèrement blessées lors d’ une manifestation organisée par plusieurs syndicats et des associations.

Ce matin, le franco-cambodgien Mam Sonando, propriétaire d’une des rares radios indépendantes du pays appelée Beehive, avait appelé à un rassemblement pour réclamer  davantage de bande passante pour sa radio et une licence d’exploitation pour une télévision indépendante, ce que le gouvernement lui a refusé il y a quelques jours.

Défiant l’interdiction de manifester et de se rassembler, en vigueur dans la capitale depuis le 4 janvier, les protestataires ont commencé de se rassembler sur le pont Naga vers 8h.

Aucun policier en vue mais de nombreux civils et des vigiles du district patrouillaient déjà autour du Parc de la liberté en attente des ordres des autorités. Ces hommes de main, sans formation ni pouvoir judiciaire, sont désormais chargés de faire le ménage dans les rues de la capitale, aux côtés des forces de l’ordre de l’Etat.

Matraques électriques en main, ils ont empêché les manifestants d’accéder au parc. Comme hier, ceux-ci se donc regroupés à proximité, sur le pont du Naga.

Après quelques mots de remerciements, Mam Sonando et Yorm Bopha, l’une des porte-paroles de la communauté expropriée de quartier de Boeng Kak, ont pris la tête de la marche, suivis par un petit millier de manifestants.

Ils se sont dirigés vers Wat Phnom mais parvenus à hauteur de l’hôtel Sunway, plusieurs dizaines de policiers et de vigiles leur ont bloqué la route. Ils se sont alors rués en direction du ministère de l’information. Mais sur le boulevard Monivong, à hauteur de la mairie, des centaines de policiers s’alignaient pour leur barrer la route. En contrebas du boulevard, une autre colonne de policiers était en formation.

Sitting

Devant le ministère de l’information, lui aussi protégé par les forces de l’ordre, les manifestants ont brandi des pancartes réclamant une télévision indépendante et se sont installés pour un sitting, à une centaine de mètres à peine d’un des cordons de police.
Quelques minutes encore et ordre leur a été donné de dégager la voie. Les manifestants n’ont pas bougé. Des centaines de policiers se sont alors avancés en rangs serrés, agitant leurs bâtons électriques et lançant des fumigènes.

Selon la Licadho, au moins huit manifestants et passants ont été sévèrement battus. Deux civils au service des autorités et qui faisaient usage de leurs frondes ont été également battus par des individus qui se trouvaient là.

Vers 10h30, quelques dizaines de manifestants regroupés vers l’ambassade des Etats-unis ont à nouveau été dispersés par les forces de police. Ils se sont alors dirigés vers le monument de l’Indépendance via le boulevard Norodom, avant que la police anti -émeute ne les chasse à nouveau.

 

Epée de Damoclès
Durant une partie de la matinée, l’inquiétude était grande quant au sort de Mam Sonando que personne ne semblait avoir revu. Mais il fait savoir plus tard qu’il était sain et sauf.
Agé de 72 ans, ce journaliste franco-cambodgien est un opposant de longue date du  Premier ministre Hun Sen. Déjà arrêté en 2003 et 2005, Mam Sonando avait été condamné en 2012 à 20 ans de prison pour insurrection et incitation à l’usage d’armes contre l’état dans une affaire qui avait suscité de vives protestations de la part des défenseurs des doits de l’homme et de la communauté internationale.
Considéré par Amnesty International comme un prisonnier d’opinion, il a finalement été libéré l’an dernier pour manque de preuves.
Mais il reste condamné et sa peine ne sera purgée qu’en novembre 2016.
Une épée de Damoclès reste donc suspendue au-dessus de sa tête. Et les évènements de ce matin pourraient bien, une fois encore, lui causer quelques problèmes, la mairie lui ayant précisé il y a quelques jours qu’il serait tenu pour responsable devant la loi en cas de troubles ou d’affrontements durant la manifestation.

 

Krystel Maurice