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Les portes du centre de détention 3 restent closes

Six sénateurs et 12 députés de l’opposition se sont rendus ce matin au Centre correctionnel 3 (CC3) dans la province de Kompong Cham pour tenter, en vain, de rendre visite aux 23 personnes arrêtées à la suite des manifestations du 2 et du 3 janvier dans la banlieue de Phnom Penh.
Ces manifestations d’employés du textile ont été violemment réprimées, l’une par un bataillon militaire de sinistre réputation, l’autre par les forces de l’ordre. Quatre personnes ont été tuées par des tirs à balles réelles et des dizaines d’autre blessées. Plusieurs d’entre elles, parmi lesquels des syndicalistes et des défenseurs des droits de l’homme,  ont été violemment frappées avant et, semble-t-il aussi, après avoir été arrêtées.

Quelques heures plus tard, ils ont été inculpés de «violences volontaires avec circonstances aggravantes» et de «destruction volontaire de biens  avec circonstances aggravantes». Ils encourent une peine de 5 ans de prison ferme et une amende de 1000 $US à 2500 $US.

Dans les jours qui ont suivi cette répression, les autorités ont refusé d’indiquer où se trouvaient les détenus. Leurs  familles et les associations de défense des droits de l’homme ont dû se livrer à un véritable jeu de pistes avant d’avoir la certitude qu’elles étaient incarcérées au Centre correctionnel 3, dans la province de Kompong Cham. Surpeuplée et isolée de tout, cette prison de haute sécurité est l’une des plus dures du pays.
Après plusieurs jours, les familles et des avocats ont enfin pu leur rendre visite. Mais aucune association de défense des droits de l’homme n’a encore pu les approcher. A deux reprises, le ministère de l’intérieur a refusé de délivrer une autorisation aux représentants du  Centre cambodgien des droits de l’homme (CCHR) et de la Confédération cambodgienne du travail.

Or, selon les termes de la loi, seul le juge chargé de l’enquête a le pouvoir d’interdire à une personne ou à une organisation de se rendre dans une prison. Ce que le juge en question n’a pas fait.

Eviter «les problèmes»

Ce matin, des sénateurs et des députés de l’opposition ainsi que des familles des détenues ont donc décidé de se rendre directement à cette prison pour tenter de les visiter. « Les familles ont le droit de voir leurs proches et nous espérons que les sénateurs y seront aussi autorisés, en tant que représentants du gouvernement»,  a expliqué Son Chhay, l’un des responsables du Parti du sauvetage national, à la tête de la délégation.

Peine perdue, les grilles leur sont restées fermées. Les gardiens n’ont pas répondu à leur demande expliquant, dans un premier temps, que le responsable de la prison était absent. La délégation a donc attendu. Le directeur de la prison leur a

ensuite fait savoir que personne ne serait autorisé à pénétrer à l’intérieur, pas même les familles, afin d’éviter des « problèmes ». Seuls les colis de nourriture ont pu franchir l’enceinte.
Autour de la prison, des dizaines de militaires, bâtons de bambou en mains, veillaient.

Le tribunal a rejeté une première fois la demande de libération conditionnelle déposée par les avocats des 23 détenus, en dépit de l’état de santé de plusieurs accusés. Parmi eux, Vorn Pov, président de l’Association indépendante  pour la démocratie de l’économie informelle (IDEA), dont l’état de santé est particulièrement préoccupant.

La cour d’Appel se réunira le 11 février pour réexaminer ces demandes.

 

Krystel Maurice