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Larmes et colère après le refus de la Cour d’appel de libérer les 21 activistes

La famille  de Vorn Pov, l’un des accusés, à l’annonce du verdict de la Cour d’Appel

La colère gronde à Phnom Penh  où la Cour d’Appel a rejeté hier matin les demandes de libération conditionnelle des 21 personnes toujours détenues à la suite des manifestations du 2 et du 3 janvier.

Ces manifestations d’employés du textile ont été violemment réprimées, l’une par un bataillon militaire, l’autre par les forces de l’ordre. Quatre personnes ont été tuées par des tirs à balles réelles, des dizaines d’autres blessées par balles ou sauvagement battus au moment de leur arrestation.

Au total, 23 personnes ont été arrêtées durant ces deux journées parmi lesquelles des syndicalistes et des défenseurs des droits de l’homme.

Ils sont inculpés de «violences volontaires avec circonstances aggravantes» et de «destruction volontaire de biens avec circonstances aggravantes». Ils encourent une peine de 5 ans de prison ferme et une amende de 1000 $US à 2500 $US.

Vendredi, deux des accusés ont bénéficié d’une libération conditionnelle, un mineur âgé de 17 ans, Yon Sok Chea,  et Bou Sarith, 27 ans. Les autorités judiciaires n’ont fourni aucune explication sur les raisons de ces libérations.

Hier, la Cour d’appel devait examiner les demandes de libération de tous les autres détenus, déjà refusées en première instance. Et c’est à huis clos qu’elle s’est réunie. Les accusés étaient absents et leurs avocats ont été priés de rester derrière la porte.

 

 L’indépendance de  la justice sur la sellette

 

Selon l’un d’eux, les juges de la Cour d’Appel ont rejeté toutes les demandes au motif que « cela pourrait affecter l’ordre public ». Ils ont aussi expliqué  que les accusés «risquaient de s’enfuir du pays ». Des raisons que l’on aura bien du mal à considérer comme des arguments juridiques et qui, au surplus, s’exonèrent d’une prise en compte des problèmes de santé de plusieurs accusés.
Suite à ce jugement, les avocats de six d’entre eux ont annoncé qu’ils allaient se porter devant la Cour suprême, dernier recours pour obtenir leur libération.

Dans la Cour du tribunal quelque 200 personnes attendaient le verdict depuis le début de la matinée. Les familles, des activistes, des représentants d’associations des droits de l’homme, des syndicalistes, tous espéraient que les détenus seraient libérés, comme l’avaient été vendredi deux des détenus.

A l’extérieur, plusieurs centaines de personnes brandissaient des pancartes réclamant leur relaxe pure et simple ainsi qu’une hausse des salaires dans le textile.

Et lorsque le jugement est tombé, des femmes en pleurs se sont agenouillées, mains jointes, devant les appareils photos des journalistes.

Un peu plus tard, quelques dizaines d’entre eux, des moines dissidents du Réseau indépendant pour une justice sociale et des membres de la communauté des expulsés du quartier de Boeng Kak, ont quitté la Cour pour se rendre au petit sanctuaire bouddhiste situé en face du Palais royal.
Dans le carré situé de l’autre coté de la route, quelques membres de la police anti-émeute étaient en faction depuis le début de la matinée.
Tep Vanny, porte-parole des expulsés de Boeng Kak s’est alors détachée du groupe pour rejoindre les policiers et crier sa colère contre le système judiciaire. Les moines et l’ensemble du groupe l’ont suivi. Une centaine de policiers sont alors arrivés en renfort, suivis de près par des vigiles de la ville. Le groupe a été rapidement repoussé vers les quais où déambulaient des touristes.

Les premières réactions au jugement ne se sont pas fait attendre. « Nous sommes choqués, déclare Tola Moen, directeur des programmes au Centre communautaire d’éducation juridique (CLEC), qui a fourni l’assistance juridique à plusieurs des détenus. Il n’y a pas de raison valable de les maintenir en détention. » « J’espérais qu’au moins 18 personnes seraient libérées. Cela aurait du être le cas si la justice était indépendante ».

Le Centre Cambodgien des droits de l’homme (CCHR) condamne la décision de la Cour et souligne le fait que ce jugement a été prononcé à huis clos. « Cette décision prouve que ces arrestations n’avaient, pour le gouvernement, d’autre but que de faire taire les critiques», déclare Ou Virak, le président du CCHR. Elle montre aussi à quel point le système judiciaire est incapable de rendre un jugement sans l’interférence du politique. Elle constitue également une attaque contre la liberté de réunion et d’expression au Cambodge où il est clair désormais que les gens ne sont plus autorisés à défendre leurs droits ».

D’autres voix dénonçant ce verdict se feront encore entendre dans les heures à venir. Mais l’une d’elle inquiète tout particulièrement. Le vénérable But Buntenh, à la tête du Réseau des moines indépendants pour une justice sociale annonce qu’il s’immolera devant la demeure du Premier ministre Hun Sen si les 21 détenus ne sont pas libérés. Une déclaration prise très au sérieux par ceux qui le connaissent bien.

 

Krystel Maurice