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La majorité des syndicats du textile diffère leur appel à la grève

La grande majorité des syndicats cambodgiens du textile a décidé de différer au mois prochain la grève de sept jours qui devait débuter aujourd’hui dans le pays. Elle devrait avoir lieu du 17 au 22 avril, dans la foulée des vacances du nouvel an khmer et les employés sont invités à rester dans leurs villages.

Officiellement, ce report a été décidé à la suite des craintes exprimées par les ouvrières de se retrouver sans argent à un mois des vacances du nouvel an. Nul doute que la date choisie a suscité des réticences, la tradition étant de rentrer dans les villages pour célébrer les fêtes. A cette époque, les prix des transports et des logements grimpent en flèche auxquels s’ajoutent cadeaux et argent que l’on se doit d’offrir à la  famille.

Répression

Mais au-delà, les divisions des syndicats sur les stratégies à adopter pour obtenir un salaire minimum de 160 dollars semblent bien réelles. Depuis les violentes manifestations du 2 et 3 janvier qui ont fait quatre morts par balles et des dizaines de blessés, le gouvernement réprime à tout va. La quasi-totalité des manifestations organisées à Phnom Penh a été dispersée dans la violence et les arrestations ont été nombreuses.

Dans le même temps, les discussions sur le salaire minium sont au point mort ou presque. Le gouvernement continue de brandir la menace de voir les usines quitter le pays et le discours du Gmac, le syndicat des patrons du textile, reste ferme. Des centaines de syndicalistes ont été poursuivis en justice suite aux grèves de janvier  et 21 personnes, la plupart syndicalistes, continuent de croupir dans une prison de haute sécurité à Kompong Cham,

La pression sur les ouvriers pour les empêcher de faire grève à nouveau n’a pas molli et face à ce rouleau compresseur, le doute et les divisions syndicales se sont installées.

Divisions syndicales

La faible participation au forum de samedi dernier au Parc de la Liberté à Phnom Penh est un signe. Quelques centaines de personnes seulement avaient fait le déplacement alors que les syndicats attendaient 20 000 à 30 000 participants. Les employés ont-ils refusé de se déplacer pour éviter une confrontation avec les forces de l’ordre ou n’ont-ils pas répondu à l’appel face des syndicats divisés sur la stratégie à adopter ?  Sans doute les deux.

Le rassemblement avait été interdit deux jours plus tôt par les autorités. Les accès du parc étaient barricadés et des

centaines de policiers menaçaient de disperser le groupe.

Hier Ath Thorn, le président de la Coalition des syndicats démocratiques des travailleurs du textile(CCAWDU), la plus grosse fédération syndicale du pays, reconnaissait que peu d’employés auraient observé la grève si elle avait débuté aujourd’hui.

En revanche, deux syndicats, la Confédération cambodgienne des syndicats de Rong Chhun qui revendique 8000 adhérents et
l’Alliance cambodgienne des syndicats (CATU) présidé par Yang Sophorn ont maintenu leur appel à la grève pour aujourd’hui.

Qu’en sera-t-il demain ? Les employés resteront ils dans leurs village jusqu’au 22 avril ?
Ken Loo, le secrétaire général du Gmac, persuadé que les syndicats ont perdu du terrain lance déjà « On verra clairement combien d’employés ont répondu à l’appel ». Les menaces afférentes contre ceux qui ne réintégreront pas les usines à temps ne devaient pas tarder de suivre.