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Textile au Cambodge: le donnant-donnant des grandes marques Internationales de vêtements

Les représentants de 30 plus grandes marques internationales de vêtements, dont nombre de fournisseurs sont installés au Cambodge, se sont dit prêts lundi, lors d’une deuxième rencontre avec  le vice-premier ministre cambodgien Keat Chhon, à accepter une hausse des salaires des employés du textile du pays.

Huit grandes marques participaient à cette rencontre à huis-clos, parmi lesquelles H&M, GAP, Puma, Levi’s et Inditex, ainsi que des représentants d’organisations internationales dont la très puissante fédération IndustriAll global Union.

« Pour la première fois, des grandes marques internationales ont confirmé qu’elles sont prêtes à payer le prix de salaires plus élevés au Cambodge. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement et des propriétaires d’usines pour se mettre autour de la table et s’accorder sur un nouveau mécanisme de fixation des salaires», déclare Jyrki Raina, le secrétaire général d’IndustriALL dans un communiqué publié mardi sur le site de la fédération.

Les employés cambodgiens revendiquent une hausse des salaires qui ferait passer le salaire minimum de 100 dollars actuellement à 160 dollars. L’industrie du textile du pays emploie quelques 500 000 personnes et a dégagé l’an dernier une manne de 5,5 milliards de revenus.

Le 17 janvier, dans une lettre  commune envoyée au Premier ministre Hun Sen, ces 30  grandes marques de vêtements ainsi que  trois syndicats internationaux avaient demandé à rencontrer le Premier ministre Hun Sen et exprimaient leurs « graves inquiétudes », suite à la répression des forces de l’ordre les 2 et 3 janvier contre des employés en grève.

Cinq manifestants avaient été tués par balles et une quarantaine d’autres blessés. Vingt-trois personnes avaient été arrêtées et sont toujours détenues. Leur procès vient de s’achever et le jugement devrait être rendu ce vendredi 30 mai.

« L’industrie textile mondiale évolue rapidement et il est nécessaire de ramener le calme dans ce secteur afin que nous puissions retrouver confiance dans l’industrie textile du Cambodge », écrivaient ces grandes marques dans leur lettre.

Une première rencontre avait eu lieu le 19 février.

 

Avertissement au gouvernement

 

L’engagement des grandes marques à accepter le principe d’une augmentation des salaires des employés du textile, reste cependant soumise à condition qu’elles n’ont pas manqué de rappeler au gouvernement lors de cette deuxième rencontre lundi.

Dans un communiqué commun avec IndustriAll global Union, elles disent

avoir informé le gouvernement « du risque pour le Cambodge de perdre son statut stratégique de  fournisseur et de l’impact sur les futurs investissements et la croissance » qui en découlerait. Ceci en raison « des pressions exercés par les consommateurs » à propos des atteintes exercées contre les employés du textile et des « interruptions de production et de livraison causés par des troubles continus ».

Une marque de vêtement de premier plan, mais dont le nom n’a pas été divulgué, a ainsi révélé au cours de cette rencontre, avoir réduit son approvisionnement au départ du Cambodge de 50% au cours de l’année écoulée en raison de préoccupations relatives à l’instabilité politique et aux violations des droits de l’homme dans le pays.

En clair, elles ont averti « qu’un approvisionnement permanent au départ du pays dépendrait de la stabilité, de la transparence, du caractère prévisible et du fondement de la législation ».

Procès des 23

Tandis que les juges du tribunal de Phnom Penh devraient rendre demain le verdict concernant les 23 employés et syndicalistes arrêtées les 2 et 3 janvier, grandes marques et syndicats expriment à nouveau leurs inquiétudes à ce propos.

Ils rappellent dans ce communiqué que le jugement « devait être fondé sur des preuves et être irréprochable au plan des attentes internationales ». Ils réclament également « la comparution en justice de ceux qui ont tiré sur les manifestants » et « l’abandon des poursuites judiciaires anti-syndicales pour permettre aux syndicats de jouer pleinement leur rôle dans le dialogue social. »

Krystel Maurice