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Inondations: pourquoi Kamping Pouy a t-il été détruit?

Le marché de Kamping Pouy et les maison situées à l'arrière submergés par les eaux en provenance du réservoir.

Mais que s’est-il donc passé à Kamping Pouy, le réservoir situé à 45 km de Battambang ? 800 familles demeurant à proximité ont du être évacuées en extrême urgence mardi alors qu’une partie de leur village était engloutie sous les eaux. Pourquoi les barrages de ce réservoir n’ont-ils été que partiellement ouverts et pourquoi si tardivement?
Construit sous les Khmers rouges, cet immense réservoir de 8 km de long permet d’irriguer les rizières qui s’étirent en direction de Battambang. Deux barrages permettent d’en réguler les eaux en fonction des besoins. Une digue surélevée, construite elle aussi sous les Khmers rouges, sur laquelle passe une route de terre, dessert le village et le hameau.

 

En rouge la route d'accès à la digue et au village, brisée par les autorités.

En rouge la route d’accès à la digue et au village, brisée par les autorités.

 

Du 4 octobre au 8 octobre, des trombes d’eau incessantes se sont abattues sur le district. Rapidement saturé, le réservoir menaçait dès dimanche de se déverser sur le village. Les autorités chargées d’ouvrir les écluses ont alors été alertées.

Mais ce n’est que mardi, soit 48 heures plus tard, qu’elles se sont enfin rendues sur place. Que s’est-il passé alors ? Il est bien difficile de le savoir. Toujours est-il que les responsable de ces barrages ont expliqué n’avoir pu ouvrir qu’une seule écluse et encore, très partiellement. Face à l’urgence de la situation, ils ont alors démoli la route d’accès à la digue et au village pour permettre à l’eau de s’écouler. Les flots s’y sont engouffrés avec une telle force que les maisons ont étaient entrainées sur plusieurs mètres, tandis que d’autres ont été englouties.

 

La route d'accès brisée par les autorités. Les eaux du réservoir s'engouffrent dans la brèche, emportant tout sur leur passage.

La route d’accès brisée par les autorités. Les eaux du réservoir s’engouffrent dans la brèche, emportant tout sur leurs passages.

 

Des habitants sont toujours sur place le long de la digue.

Des habitants sont toujours sur place le long de la digue.

 

Évacuées à la toute dernière minute, les quelques 800 familles du village sont saines et sauves. Elles ont trouvé refuge à plusieurs kilomètres de là, dans la pagode Wat Kirichoom où l’ONG catholique américaine World Vision les a pris en charge. Dans ce camp de fortune, les autorités locales sont très peu présentes. Mais elles ont promis aux habitants qu’ils seraient en mesure de retourner sur place dès samedi.

 

Les habitants de Kamping Pouy réfugiés dans la pagode Wat Kiritchom.

Les habitants de Kamping Pouy réfugiés dans la pagode Wat Kiritchom.

 

Un sac de riz et l'incertitude des lendemains

Un sac de riz et l’incertitude des lendemains.

 

Avis d’expropriation pour projet immobilier

Si tous l’espèrent, certains ont des doutes. Les terres sur lesquelles le village de Kamping Pouy est bâti  appartiennent aujourd’hui à une société coréenne. Celle-ci a obtenu une concession économique du gouvernement pour y construire un gigantesque projet immobilier de loisirs. Ce Disneyland en pleine nature comprendra des hôtels de luxe, un golf, des restaurants… Les bureaux de la société abritent d’ores et déjà un «office du tourisme » destiné à promouvoir  le projet. Jet ski, promenades en bateau sur le lac, balades en quad, tout y est prévu. Les habitants, eux, rêvaient d’y trouver un emploi. Mais ils ont déchanté lorsqu’ils ont reçu, il y a quelques mois, un avis d’expulsion émis par la société coréenne. Ils étaient sommés de quitter les lieux en juin. Le lancement de l’opération ayant pris du retard, un répit de quelques semaines leur avait été accordé.

Au vu de ces événements, les habitants s’interrogent aujourd’hui sur les raisons de ces inondations. Les responsables des barrages ont-ils vraiment été dans l’impossibilité d’ouvrir les écluses, ce qui aurait permis de diriger l’eau vers les rizières plutôt que vers les maisons? La destruction d’une partie du village n’a t-elle pas été sciemment programmée pour éviter qu’ils ne résistent aux expulsions? Seront-ils réellement autorisés à réintégrer les lieux dans deux jours?

 Krystel Maurice