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Acquittement d’un militaire soupçonné du meurtre d’un journaliste dans le Ratanakiri

Un militaire soupçonné du meurtre d'un journaliste est acquitté.

Un gradé de l’armée cambodgienne et son épouse ont été acquittés hier du meurtre, le 11 septembre 2012, de Hang Serei Oudo, un journaliste dont le corps ensanglanté avait été retrouvé dans le coffre de sa voiture dans une plantation du district d’Ochum, dans le Ratanakiri.

Le reporter, âgé de 44 ans, vivait à Banlung et travaillait pour le Vorakchun Khmer Daily pour lequel il avait écrit plusieurs articles dénonçant le trafic de bois précieux dans la région et mettant en cause des personnalités locales.
Dans son dernier article posté le 6 septembre 2012 sur le site de son journal, le reporter accusait le fils d’un chef militaire de la province de se livrer au trafic de bois avec des véhicules militaires et d’extorquer des fonds aux vendeurs de bois légaux de la région.

Un gradé de la police militaire locale, l’officier An Bun Heng,  avait été interpellé avec sa femme, après avoir été vu avec la victime le jour de sa disparition. La police avait également retrouvé une couverture tachée de sang au domicile des époux,  ainsi que les chaussures de la victime non loin de leur habitation.

« Le tribunal a abandonné les poursuites contre mes clients parce qu’il n’y avait pas de preuves », s’est félicité Tep Monicheat, l’avocat de cet officier à sa sortie du tribunal de Ratanakiri (nord-est).

Sa veuve a dénoncé hier une décision « injuste » et envisagé de faire appel.

Reporter sans frontières avait  appelé les autorités à mener une enquête approfondie sur ce meurtre tandis que le Comité pour la protection des journalistes demandait au Premier ministre une meilleure sécurité pour les journalistes afin de leur permettre d’exercer leur métier.

Le Cambodge figure à la 143ème place sur 179 pays dans le classement mondial 2013 sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Le gouvernement du Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 1985, est accusé de distribuer des centaines de milliers d’hectares de forêt, y compris dans des zones protégées, pour des projets qui vont de la canne à sucre au caoutchouc en passant par l’hydroélectricité. La déforestation a pris une ampleur considérable ces dernières années. Selon les Nations unies, les massifs forestiers représentaient 73% du territoire national en 1990 contre 57% en 2010. Les enjeux économiques de ce trafic sont énormes et impliquent nombre d’acteurs : dirigeants proches du pouvoir, militaires de haut rang, policiers, compagnies privées…

Et ceux qui osent s’y attaquer risquent leur vie. Le 25 avril dernier,  Chut Wutty,  un militant écologiste qui dénonçait, lui aussi, le rôle des autorités dans ce trafic, a été abattu par un militaire dans la forêt des Cardamones alors qu’il se trouvait en compagnie de deux journalistes. L’affaire a été classée par la justice qui a prononcé un non-lieu.