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Perpétuité requise contre Nuon Chea et Khieu Samphan

Sans surprise, l’accusation a réclamé lundi la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité contre Nuon Chea, l’idéologue du régime, 87 ans, et Khieu Samphan, chef de l’Etat du «Kampuchéa démocratique», les deux seuls dirigeants Khmers rouges a être actuellement jugés par le Tribunal international .

Près de deux millions de personnes ont  perdu la vie durant le régime Khmer rouge entre 1975 et 1979, soit un quart de la population.

L’emprisonnement à vie -peine maximale prévue par le tribunal qui a exclu dès sa création la peine de mort- est «la seule peine qu’ils méritent», a déclaré Chea Leang, co-procureur du tribunal de Phnom Penh parrainé par l’ONU, soulignant qu’ils n’avaient exprimé «ni remords ni regrets». Depuis le début du procès les deux accusés nient toutes les charges retenues contre eux.

«Aujourd’hui, au nom du peuple cambodgien et de la communauté internationale, nous demandons justice, justice pour les victimes qui ont péri et justice pour les victimes qui ont survécu à un régime cruel et malveillant sous la direction de ces deux accusés et d’autres dirigeants», a-t-elle ajouté.

Lors de trois journées de réquisitoire commencé la semaine dernière, les deux co-procureurs ont décrit le rôle «primordial» des deux accusés dans les atrocités du régime de Pol Pot, qui a «déshumanisé» des habitants devenus «esclaves».

Les Khmers rouges ont «transformé le Cambodge en une prison sans mur» où ils «décidaient qui mourraient et qui vivaient», a insisté lundi le co-procureur William Smith. «Tous les crimes commis sous ce système d’asservissement étaient conçus, organisés et supervisés par Nuon Chea, Khieu Samphan» et leurs complices, a-t-il martelé.

Dans le but d’obtenir au moins un verdict avant la mort des accusés déjà âgés, la procédure pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide a été découpée en « mini- procès ». Ce premier d’entre eux se concentre donc sur les «crimes contre l’humanité» qu’ont constitué les déplacements forcés de population lors de l’évacuation des villes, en application de l’utopie marxiste des Khmers rouges de créer une société agraire, sans monnaie ni citadins.

Lors de l’une des plus grandes migrations forcées de l’Histoire moderne, Phnom Penh avait été vidée de ses deux millions d’habitants obligés d’aller travailler dans des fermes collectivistes. Selon les estimations des historiens rappelés par l’accusation, cette évacuation de Phnom Penh avait fait 20.000 victimes, mortes d’épuisement sur les routes ou exécutés.

«C’est un crime contre l’humanité d’envoyer des millions de personnes à la campagne dans la chaleur, marchant pendant des jours, des semaines, parfois des mois sans transport organisé, sans nourriture, eau ou assistance médicale», a insisté William Smith.

Le tribunal va désormais donner la parole, jusqu’à fin octobre, aux plaidoiries de la défense, Le verdict est attendu au premier semestre 2014.

Malgré le découpage de la procédure, le tribunal, très critiqué pour ses lenteurs, a perdu deux des quatre accusés jugés au départ lors ce procès commencé en 2011. L’ancien ministre des Affaires étrangères Ieng Sary est décédé en mars, à 87 ans, et sa femme, l’ex-ministre des Affaires sociales Ieng Thirith, a été libérée pour démence.

Depuis sa création en 2006, le tribunal, en pleine crise financière, n’a rendu qu’un seul verdict: la perpétuité pour Duch, chef de la prison de Tuol Sleng, connue également sous le nom de S-21.

(AFP)