En continu

Angkor sous le souffle du photojournalisme

 

Sheila Zhao

 

En ouvrant les yeux ce matin, ce sont ces images en noir et blanc de la géorgienne Dina Oganova que je voyais encore. Celle de cette jeune et belle femme au visage accablé de tristesse assise au milieu d’une pièce sans meuble, celle de ces forces de police amassées devant une grille et dont on se demande s’ils sont prisonniers ou assaillants, celle de ces visages de jeunes filles à deux cous et de cette danseuse captée dans le prisme d’une vitre.

L’ouverture du 9e Angkor Festival photo à Siem Reap a donné tant d’autres talents à voir hier soir que les mots venaient difficilement.
Que dire de ces images du reporter Altaf Qadri  contant l’histoire de cet indien qui, gamin, avait du arrêter le collège parce qu’il n’avait pas d’argent et qui aujourd’hui  a ouvert une école gratuite sous un pont de métro pour des gamins démunis de tout ? Rien sans doute. Le visage de  mon amie, inondée de larmes, en disait suffisamment.

Hasard ou non de la sélection de cette première projection, trois autres photographes, la chinoise Sim Chi Yin, l’allemand Frank Herfort et le britannique James Chance

s’interrogent sur une architecture qui oublie l’homme. La première capte des réduits en sous-sol, dans lesquels les travailleurs migrants qui débarquent à Pékin sont contraints de vivre faute de moyens. L’autre fige des gratte-ciels à l’architecture pompeuse construits juste après l’effondrement de l’Union soviétique et dont l’homme semble être exclu. James Chance, lui, photographie un cimetière de Manille dans lequel plus de 2000 exclus vivent au milieu des tombes.

Du noir et blanc encore, traqué cette fois-ci au plus profond des grains, des tons et des lumières et que la chinoise Sheila Zhao expérimente d’image en image jusqu’à y découvrir le monde. Et ce monde là, est l’un des plus poétiques qu’il nous ait été donné de contempler.