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Bouddhisme: inquiétudes face à la multiplication des délits

Âgés de 19 et 20 ans, deux moines de la pagode de Stung Meancheay près de Phnom Penh ont été inculpés de meurtre la semaine dernière pour avoir battu à mort un jeune étudiant en médecine de 24 ans. Les deux moines s’étaient enivrés toute la nuit, en compagnie d’un troisième larron, un civil, qui, par la suite, a pris la fuite. Selon les premières constations, ils avaient ingurgité pas moins de 10 litres de vin de palme. Un jeune étudiant en médecine, choqué par ce spectacle, les a vertement tancés. Furieux, les trois hommes l’auraient battu à mort.
Les deux moines ont été ordonnés il y a cinq ans. Ils sont actuellement détenus à la prison de Prey Sar. Si leur culpabilité est retenue, ils seront défroqués avant de purger leur peine en prison.

Au-delà du simple fait divers, la multiplication des délits commis, par les jeunes moines cambodgiens posent question. Plusieurs meurtres et viols ont été commis dans le pays au cours des derniers mois et la consommation d’alcool à l’intérieur des pagodes est fréquente. Au point que le chef du gouvernement a publiquement demandé l’an dernier aux responsables bouddhistes de renforcer la discipline dans les pagodes.

Moine par nécessité

D’autres comportements, pour le moins extravagants au regard de la religion bouddhiste, sont facilement observables. De nombreux moines cambodgiens fument à l’intérieur comme à l’extérieur des pagodes, au vu et au su des passants. Téléphones portables vissés à l’oreille, il n’est pas rare non plus de les voir, durant des heures, déambuler torses nus dans les pagodes en attente d’un brin de toilette. Sans parler des cyber cafés où certains d’entre eux se rendent pour surfer sur les sites classés X.

Les jeunes moines sont-ils pour autant les seuls à blâmer ? Éradiqué par les Khmers rouges, le bouddhisme souffre toujours d’un manque d’enseignants capables de transmettre les valeurs de la religion. La plupart des Maîtres ont été massacrés et trente ans plus tard, si le Cambodge compte 4000 pagodes et quelques 60 000 moines, ces Maitres font toujours défaut.
Quant aux jeunes moines, une majorité d’entre eux est issue de milieux pauvres et beaucoup sont orphelins. Les familles, quand ils en ont, n’ont souvent pas les moyens de les nourrir, encore moins de les éduquer. C’est donc par nécessité et non par conviction qu’ils ont revêtus la robe.

Comme le souligne Miech Ponn, conseiller à la commission des Meurs et Coutumes de l’Institut bouddhique « Le ministre des Cultes et Religions ou les Vénérables devraient prendre des mesures pour que de tels meurtres et beuveries ne se reproduisent pas. Car même si ce sont des cas isolés, de tels agissements peuvent nuire au bouddhisme dans son ensemble».

Une semaine plus tôt dans la province de Kompong Tom, un moine de 18 ans avait frappé et injurié un autre moine au motif que ce dernier n’avait pas décroché son portable quand il l’avait appelé.

Krystel Maurice