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Le peintre Vann Nath est mort

Le peintre Vann Nath est décédé lundi 5 septembre vers 12h30. Âgé de 66 ans, il était dans le coma depuis la semaine dernière suite à un arrêt cardiaque. Torturé à l’électricité à Battambang puis emprisonné dans la sinistre prison S-21, il fut l’un des rares survivants de cet enfer où périrent quelque 15 000 personnes durant le régime des Khmers rouges.

Pol Pot aimait sa peinture et c’est à elle qu’il doit  la vie. «D’autres peintres bien meilleurs que moi ont été emprisonnés à S-21 avant d’être exécutés, répète t-il souvent. Je pense souvent à eux et je ne comprends pas pourquoi, moi, je suis toujours vivant».
A la chute du régime, le 7 janvier 1979,  il retrouve la liberté mais hanté par ce qu’il a vu et entendu, il ne cesse plus de témoigner pour que personne n’oublie ce qui s’est passé dans le pays durant quatre ans.

Il peint d’immenses tableaux représentant les horreurs commises par le régime. Certains d’entre eux sont accrochés sur les murs de Tuol Sleng, à l’endroit même où les bourreaux  torturaient leurs victimes, là où Vann Nath et des milliers d’autres étaient réduits à l’état de bêtes.

En 2002, face à la caméra du cinéaste Rithy Panh, il accepte d’être confronté à ces mêmes bourreaux. Le documentaire qui en est tiré retrace, gestes  après gestes, ce qui se passait dans la prison. La justesse des mots prononcés par Vann Nath, sa persévérance  face aux tortionnaires qui n’éprouvent aucun remords,  résonnent toujours dans nos têtes.

Vann Nath  raconte, encore et encore. En particulier aux enfants des écoles, cette jeune génération à qui personne ne dit ce qui s’était passé, et  qui n’a entre les mains que des manuels scolaires muets.

En 2008, il publie aussi un livre « Dans  l’enfer de Tuol Sleng », pour que la barbarie du régime Khmer rouge reste gravée dans la mémoire.

En 2009, affaibli par la maladie, il  est  le premier des trois rescapés de S-21 à  témoigner lors du procès de Duch, qui dirigeait la prison. Au juge Lavergne qui lui demande ce qu’il attend de ce procès, Vann Nath répond : « Depuis 1979, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, je pourrais être devant un tribunal pour raconter mon expérience à l’intention du public et des jeunes, pour que ceux-ci comprennent ce qui m’est arrivé. C’est un privilège et je ne demande rien de plus. Ce que je souhaite, c’est la justice pour ceux qui sont morts. Mon seul espoir est que justice soit rendue. Et j’espère qu’en fin de compte, à la fin de l’existence du tribunal, justice aura été rendue, que cela sera tangible. Voilà le résultat que j’attends ».

Fin janvier 2011, Vann Nath est à Paris pour la tenue du Forum des Images intitulé « Un état du monde et du cinéma ». A cette occasion, il participe à plusieurs débats sur le génocide cambodgien, avec l’écrivain Jorge Semprun, lui aussi infatigable passeur de mémoire(voir ici un extrait de cet entretien croisé)

Le 24 mai, il reçoit, conjointement  avec le cinéaste Rithy Panh,  le diplôme de docteur honoris causa de l’Université Paris 8.

Krystel Maurice

Lire ici l’hommage de Rithy Panh à Vann Nath